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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 10:44

La verrerie de Sermet serait passée complétement inaperçue si Monsieur Antoine Temple n’avait pas eu l’excellente initiative de publier l’inventaire des archives de ses ancêtres : Les Boyer de la Martinerie (Saint-Germain) et Montpaon (Fondamente) 1650-1914 tome 1, 1999. Il a bien voulu me communiquer les copies des pièces se rapportant à la verrerie. Qu’il trouve ici l’expression de ma profonde gratitude.

 

Cet atelier verrier naquit de l’association d’un gentilhomme verrier, noble Jean François de Laroque, habitant du mas d’Arbousse, juridiction de la baronnie de Montpaon (commune de Fondamente) et d’un roturier, le sieur François Boyer, fermier du château et des droits seigneuriaux de Montpaon. Ce type d’association contraire aux règlements du corps des verriers du Languedoc édictés lors de leurs assemblées générales qui se tenaient à Sommières. Le seul acte authentique, dûment enregistré au bureau des contrôles de La Cavalerie, relatif à cette association, l’ignore et la maquille en simple prêt d’argent de François Boyer à noble Jean François de Laroque. Nous en reparlerons le moment venu.

 

De l’analyse de ces documents, il ressort que la première campagne débuta le premier octobre 1743 et s’acheva à la mi-mai 1744. Le roturier apportait les capitaux tandis le gentilhomme, homme de l’art et science de verrerie, selon une formule classique au XVIIIe siècle, fournissait le savoir-faire. Chose curieuse, aucuns des contrats d’embauche de gentilshommes verriers conservés ne se rapportent à cette campagne. C’est pourtant à la fin de cette première campagne que le bilan comptable fit apparaître un déficit important puisque le sieur de Laroque se trouvait débiteur de 828 livres tournois envers son associé. L’association étant à moitié perte et profit, le déficit était donc identique si la totalité des capitaux fut apportée par le sieur Boyer. Il était du double soit 1656 livres si chaque associé avait apporté la moitié des capitaux. Le chiffre réel est donc compris entre ces deux limites. C’est cette somme de 828 livres que Jean François reconnut devoir au fermier général de Montpaon devant maître Roustan, notaire de la baronnie éponyme, le 27 mai 1744. Le verrier s’engageait à rembourser sa dette, déguisée en prêt d’argent, en huit payements annuels : sept d’un montant de 100 livres et le dernier de 128 livres.

 

 

Sermet

 

Localisation de la verrerie de Sermet dans la baornnie de Montapaon (extrait de la carte de Cassini n° 56)

 


Cependant ce bilan ou plutôt ce résultat comptable ne rend pas compte des sommes engagées pour la mise en œuvre de cet atelier verrier. Le bilan de la campagne suivante, heureusement conservé, nous éclaire davantage sur les coûts considérables d’une telle entreprise. Le 29 mai 1745, les sieurs de Laroque et Boyer firent leurs comptes. Les fournitures qui représentaient les dépenses s’élevaient à 8025 livres 1 sol 11 deniers et les ventes de marchandise c’est-à-dire les recettes atteignaient seulement 3165 livres 10 sols 7 deniers. Il apparait donc un solde de 4859 livres 11 sols 4 deniers en faveur du fermier qui avait payé seul toutes les fournitures.


Les marchandises de verre encore en réserve dans les magasins de la verrerie suffirent peu ou prou à éponger cette nouvelle dette car aucune nouvelle obligation ne fut consentie par le gentilhomme verrier en faveur son associé. Connaissant le montant des charges de cette seconde campagne on comprend que l’investissement de départ devait dépasser allègrement les 10000 livres tournois. En effet, il fallait a minima y ajouter la construction d’un four de fusion, d’une arche ou d’un four de recuit et aussi d’un four à fritte et peut-être aussi l’édification d’une halle si les bâtiments existants au mas de Sermet ne convenaient pas.

 

Toujours est-il, que le jour même ils mirent fin à leur société initialement prévue pour trois ans soit trois campagnes. On imagine aisément que le gentilhomme n’arriverait pas à rembourser son créancier si la verrerie de Sermet ne dégageait aucun bénéfice. Jean François de Laroque fut dans l’impossibilité d’honorer son engagement de payement. Son fils et héritier Jean François fut assigné en 1765 par la demoiselle Isabeau Mazel, veuve de François Boyer, devant les officiers ordinaires de la baronnie de Montpaon, pour le voir condamner […] à payer à la requérante la somme de huit cens vingt huit livres.Cette dette désormais héréditaire obéra le patrimoine de la famille de Laroque…

 

© Dominique Guibert 2012

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 09:05

Les origines

 

            Nous connaissons peu de choses de ses origines. Jean Audouy, son père, était probablement issu d’une ancienne famille de verriers nobles œuvrant en périphérie de la forêt royale de Grésigne depuis le XVe siècle où noble Guillaume d’Audouin était verrier en 1482 à Grattegaline, dans la juridiction de Penne en Albigeois.

            Jean vint travailler dans les gorges rouergates du Viaur dans les premières décennies du XVIIe siècle. On le rencontre en 1646 au Piboul, paroisse de Sermur, dans la juridiction de Calmont, où vivent depuis deux générations les verriers portant les patronymes de Bournhol et de Filiquier. C’est à cette date que Jean acheta à sa belle-mère Rose Causse une maison sise dans le village de Rayret, juridiction de Cassagnes-Bégonhès. Il avait épousé à une date inconnue, Catherine Sanch, fille de Bertrand et de Rose Causse de Rayret. De son mariage naquirent au moins André dont nous allons suivre les pas et Catherine qui contracta mariage en 1666 avec noble Jacques de Filiquier, cadet verrier du Piboul, fils de Charles, aussi verrier, et de Marguerite Daures.

            Jean Audouy est cité dans le jugement de M. de Charreton, seigneur de la Terrière, par lequel Antoine et André de BOURNIOL, Jean, Barthélemy, Charles et Pierre de FILIQUIER, et Jean BAUDRY (lecture erronée, il faut lire D'AUDOY) ont esté deschargés du logement des gens de guerres, le 15 mai 1664.

 

 

Son mariage

 

            Lors de son contrat de mariage passé le 19 septembre 1666 devant maître Rech, notaire royal de Cassagnes-Bégonhès, André Audouy, reçut en donation de ses parents tous leurs biens présents et à venir à condition de les nourrir et entretenir leur vie durant. A cette date, ses parents avaient déjà doté leur fille Catherine, épouse de Jacques de Filiquier. Jean Audouy affirma à cette occasion que son fils André despuis plus de dix ans […] a faict son traffic et conduit ses affaires en particulier sans aucune (sic) son asistance et quoyque par ce moyen il soict asses esmancipé de droict néanmoings en tant que de besoin il l’a encore par verteu de cest acte esmancipé et tiré hors de sa puissance paternelle. Sa future épouse, Antoinette de Canac, était fille de feu Maître Philip de Canac, notaire, et de demoiselle Calmels, mariés de leur vivant à Auriac. Elle se constitua en dot la somme de 600 livres léguée par son père en son dernier testament et d’une robe camelot ou de rase. Sa mère lui donna en avancement d’hoiries une couverture de lit de Montpellier d’une valeur de dix livres et quatre linceuls. Etaient présents à la rédaction de ce contrat de mariage les gentilshommes verriers suivants : noble Antoine Bourniol, sieur de la Lande, noble Antoine de Bertin, sieur d’Aires, noble Antoine de Filiquier de Tayac, noble Barthélemy de Filiquier et noble Jean de Paupalhe. Seuls les trois premiers signèrent.

 

 

La verrerie de Clapiès (commune de La Selve)

 

            A l’automne 1667, André Audouy construisit une verrerie dans l’enclos de la bassecourt de Clapiès, […] au devant d’une chambre que lui loua demoiselle Isabeau de Raymond et son gendre Jean Galtier, propriétaires du domaine, et qui lui vendirent la coupe de bois sçavoir est touts les arbres chesnes et autres qui sont excreus dans un leur bois dict des Corvis ainsi qu’une besserade pour par ledit Audouy faire couper tous lesd[its] arbres à pied. Pour la subsistance de sa famille et de ses bêtes de somme, les bailleurs lui donnèrent la jouissance de trois cartes de jardin et la faculté de faire et cultiver du bled dans le bois qu’il desfrichera. La vente fut conclue pour le prix de 220 livres tournois, payable savoir 80 livres dans quinze jours et quarante livres à chaque date anniversaire du contrat, dont la dernière devait être de vingt livres seulement.

            Peu après, noble François de Raymond, seigneur de Saint-Salvadou, probable frère d’Isabeau, fit vente de la coupe d’un bois qu’il possédait à Clapiès. D’abord le 4 décembre 1667, il vendit à Pierre Lacombe et à Jean Boyer, marchands d’Albi, tous les chênes pour faire du mairain de Gaillac, au prix de 8 livres 5 sols la charge de charrette. Enfin le 19 décembre 1668, il céda tout le bois situé à Clapiès à Antoine Roussy, habitant de Rodez. Ce dernier revendit à André Audouy, le 9 octobre 1669, tout l’entier bois frau dud[it] boys acquis dud[it] s[ieu]r de Raymond quy ne pourra pas servir à rien qu’à bruller dans la verrière dud[it] s[ieu]r Audouin, pour la somme de 75 livres par an jusqu’à épuisement de la ressource.

            Nous savons par ailleurs que le temps de travail dans les verreries était à cette époque de huit mois par an : de la fête de Saint-Michel (29 septembre) au dernier jour du mois de mai. Il est évident que le maître de la verrerie devait faire couper et charrier le maximum de bois avant l’hiver, car la neige et le froid pouvaient, à plus de 600 mètres d’altitude, sérieusement perturber le transport du bois.

            Si André était bien le maître de la verrerie établie à Clapiès, nous ignorons la taille du four, son nombre de places et les noms des gentilshommes verriers qui y travaillèrent à l’exception d’un seul : noble Jacques de Filiquier, beau-frère d’André. Jacques vivait à Clapiès avec sa femme Catherine qui donna le jour à trois enfants baptisés à La Selve, église paroissiale de la verrerie.

 

 

La verrerie d’Escorbis (commune de Durenque)

 

            En février 1672, André et sa famille habitaient à Prunet, paroisse de Durenque, de l’autre côté du ruisseau d’Escorbis qui sépare aujourd’hui les communes de La Selve et de Durenque. Ce ruisseau dont les rives pentues étaient comme aujourd’hui couvertes de bois donna son nom à la verrière d’Escorby par[oisse] et jurisd[iction] de Durenque. C’est d’ailleurs dans l’église de Durenque que fut baptisé André Audouy le 24 janvier 1675, seul fils connu du gentilhomme verrier. Il est donc probable qu’il construisit une nouvelle verrerie à mi-chemin entre Prunet et Clapiès, sur la rive droite du ruisseau d’Escorbis à l’automne 1671.

            Chacune des deux verreries créées par André Audouy semble donc avoir fonctionné quatre années suivies hormis les périodes habituelles d’interruption de travail.

 

 

La verrerie de Combecalde (commune de Camboulazet)

 

            Prévoyant la fin des ressources forestières autour du ruisseau d’Escorbis, le sieur Audouy passa, avec deux paysans de la paroisse de Salan, un acte d’achat de coupe de bois des arbres du terroir de Combecalde situé dans les appartenances du hameau de Sabin. Leur portion de bois confrontait du levant la rivière de Viaur. C’est probablement au fonds des gorges mais à une certaine hauteur au-dessus de la rivière que la verrière fut bâtie. C’était une construction sommaire, rectangulaire avec au milieu le four de fusion et s’appuyant sur celui-ci l’arche de recuit.

            L’achat contracté devant notaire fut réalisé pour la somme de 100 livres payable à raison de 10 livres par mois, dont le premier paiement devait avoir lieu deux mois après la première coupe de bois que la cadet verrier s’engageait à faire quinze jours après la fête de Pâques 1675, soit le 29 avril.

            Nous n’avons pas d’autres renseignements sur cette verrerie, mais nous supposons qu’elle fonctionna plusieurs campagnes pour couvrir les frais de construction.

 

 

Relations professionnelles et de voisinage

 

            L’interdiction de vente au détail par les gentilshommes verriers énoncée dans les lettres royaux de confirmation de leurs privilèges, obligeait les verriers à vendre leur production à des marchands, ce qui conduisit naturellement une spécialisation de certains d’entre eux qui étaient de marchands verriers. C’était le cas, entre autre, de Jean Flottes, habitant de Rayret, et voisin d’André Audouy. Ce dernier lui vendit plusieurs biens fonds, notamment le 6 avril 1671 un tronçon de pré de sept cannes de long soit environ 14 mètres pour y faire le chemin public de Rayret à la Calmette des Closcards en remplacement de l’ancien dans lequel Flottes souhaitait faire une basse-cour. Le 15 janvier 1674, le gentilhomme le subrogea dans l’achat d’un pré appelé la Renayrette qu’il avait acquis de Me Pomarède.

            Le 28 août 1678, le marchand verrier donnait quittance au gentilhomme  de la somme de vingt livres t[ournoi]s que led[it] Flottes s’estoit obligé solidairement avec led[it] s[ieu]r  Audouy envers le sieur Vernet mar[ch]ant de Rodés pour certaine marchandise prinse par led[it] s[ieu]r  Audouy de la boutique dud[it] s[ieu]r Vernet. On regrette que la nature de cette marchandise ne fût pas énumérée. De plus, le même jour, André Audouy cédait à Jean Flottes deus cens grosses de verres […] pour vente d’un cheval.

            Le premier janvier 1680, noble André Audouy vendit au même marchand une partie de la muraille de son pré pour y bâtir une galerie sive valet pour le prix de cinq livres.

 

 

Salarié à la verrerie de la Ramière (commune de Rullac-Saint-Cirq)

 

            Nous ignorons où il travailla après l’exploitation de la verrerie de Costecalde, mais nous retrouvons sa trace comme salarié à la verrerie de la Ramière que les frères David et Claude de Breton, originaires de Saint-Félix-de-Sorgues, créèrent suite à l’accord signé devant maître Merlin le 25 janvier 1679 avec le sieur Jean Jacques de Montarnal bourgeois et propriétaire du domaine de la Ramière. Quelques jours plus tard, le 11 février, André Audouy s’engageait à travailler pour les frères Breton pandant le temps et terme de huit moys comptés qui commanceront à corre à la prochaine feste S[ain]t Michel pour lequel traval les[dits] sieurs de Breton frères promettent et s’obligent de payer au[dit] sieur Audouy la somme de vingt-quatre livres pour chascun des[dits] huict moys payable moys par moys. Il était précisé en outre que si le four venait à tomber, ce qui arrivait parfois, le verrier salarié ne serait pas payé pendant l’interruption du travail. En novembre 1681, noble François de Bertin, gentilhomme verrier du lieu de Magary, juridiction de Roqueredonde et diocèse de Béziers en Languedoc, était présent à la même verrerie : peut-être avait-t-il succédé à André Audouy ?

 

 

La verrerie près de Fonbonne (commune de Centrès)

 

            Après son bref séjour dans la verrerie de la Ramière, il put enfin commencer l’exploitation d’une verrerie près de Fonbonne dont le lancement était prévu à l’automne 1678 si l’on en croit la police de main privée faicte entre noble André Audouy cadet verrier du village de Rayret et Blaise Mazars marchant du village de Fonbonne du 16 avril 1678. Mais devant l’inexécution, par le marchand, des clauses de l’accord privé, le sieur Audouy avait dû engager un recours judiciaire devant la justice juridictionnelle de Centrès. Pour éviter un procès long et dispendieux, les parties transigèrent le 20 septembre 1680 devant maître Pomarède, notaire de Cassagnes-Bégonhès. Il fut convenu que Blaise Mazars fournirait, comme prévu dans le contrat privé, le bois nécessaire et l’emplacement pour établir la verrerie pour l’entretien de trois places […] pendant trois ans de huict mois chacun, du 29 septembre au 31 mai de l’année suivante. Le prix de la coupe du bois pour les trois années fut fixé au prix de 185 livres tournois. Ce contrat devait lui fournir du bois et du travail jusqu’à fin mai 1683.

 

 

La verrerie du côté d’Ayres (commune de Centrès)

 

            Le 16 août 1683, Antoine Garrigues, maître maçon de Tayac, fit vente au cadet verrier de la coupe de bois d’un sien bois dict del coustat d’Ayres pour la durée de huit mois et toujours pour un four à trois ouvreaux ou trois places pour la somme de 90 livres, soit une augmentation de 46% par rapport à la vente précédente. Le vendeur donnait pouvoir aud[it] s[ieu]r Audouy de f[aire] lad[ite] verrière dans led[it] bois […] tant pour le four que son logement et de sa familhe et ouvriers : ce qui tend à confirmer que les gentilshommes verriers ne rechignaient pas à vivre dans des conditions de logement sommaires, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour des individus appartenant à la noblesse. André Audouy était libre de prendre du bois nécessaire dud[it] bois pour led[it] logement et pour les service de lad[ite] verrière soit pour le four desd[its] trois ouvrals que pour le four à faire cuire le salicor et autre feu nécessaire à lad[ite] verrière. Ces différents feux méritent quelques explications.

            Le salicor encore appelé salicot ou soude des verriers était commercialisé par les marchands verriers qui s’approvisionnaient sur les côtes du Languedoc. Il résultait de la combustion de plantes halophytes telles que la salicorne Salicornia europeae, le kali Salsola kali ou la soude commune Salsola soda, entres autres. Il se présentait généralement sous forme de pierre de soude et devait donc être réduit en poudre pour être fondu. La cuisson du salicor permettait au verrier d’obtenir la fusion du sable ou de la pierre broyée ou encore du verre cassé à une température moindre que celle nécessaire en son absence, c’est la raison pour laquelle on le qualifie aujourd’hui de fondant.

 

 

La verrerie près de Pentezac (commune d’Alrance)

 

            La date de création de cette verrerie n’a pu être déterminée. Nous en connaissons l’existence par deux actes notariés datés respectivement du 20 avril et du 10 août 1688. Le second nous renseigne sur la localisation de la verrerie scituée ez app[artenan]ces du village de Pantezac et sur la capacité du four pour cinq ouvrals. Par cet instrument, André Audouy achetait au sieur Jean Dufieu, bourgeois d’Aurifeuille, tout le bois nécessaire pour seize mois à prendre dans le bois dit lou bosq grand, au prix de 100 livres par huit mois de campagne annuelle, payable fin février. Dans le premier instrument, il avait recruté deux frères verriers natifs du lieu del Magary, diocèse de Béziers en Languedoc aux confins du Rouergue : François, rencontré précédemment, et Etienne de Bertin.

            Il s’agissait d’une location de place du four dont le loyer était de 15 livres par mois et par place, payable en fin de mois. L’accord était valable pour une durée de sept ans, mais chaque partie pouvait le rompre avec un préavis de quinze jours. Le maître de la verrerie s’engageait à fournir seulement une petite chembre pour l'usage desd[its] si[eur]s de Bertins pendant led[it]temps et un chauderon pour leur service ensemble les ferrements grossiers qu'il faulx pour le service de la vererie. Chaque verrier était responsable de son approvisionnement en matière premières et de sa production. Cependant François devait faire des bouteilles les quatre premiers mois et André pendant les quatre derniers.

            Les frères Bertin ne restèrent pas sept ans aux côtés du sieur Audouy ; d’ailleurs nous ne savons pas jusqu’à quelle date fonctionna la verrerie de Pentezac. André Audouy s’obligeait à édifier, hors de la verrerie, un four pour cuire le salicor et autres matières nécessaires pour le travail de verre, ce qui correspond probablement à la préparation de la fritte.

            L’opération de frittage se faisait dans un four secondaire, normalement situé à proximité du four de fusion. Elle produisait une réaction chimique entre les différents éléments du mélange à vitrifier sans atteindre la fusion. C’est ce produit, appelé matière par les gentilshommes verriers, que l’on plaçait ensuite dans le four de fusion.

 

 

Fermier de la Verrière d’Aurenque (commune de Coubisou)

 

            André Audouy n’était certainement pas loin d’atteindre 60 ans d’âge lorsqu’il entreprit de prendre en afferme le four de la verrerie d’Aurenque, l’une des plus anciennes du Rouergue, attestée en 1571 comme propriété de noble Jacques de Filiquier, gentilhomme verrier. A la date du 14 mars 1693, l’ensemble du domaine d’Aurenque avait été cédé par noble Jean Claude de Filiquier, sieur de la Fage, au sieur Antoine Gaillard, fermier des chambres à sel d’Auvergne, sous la forme de vente de fruits. Ce fut donc ce dernier qui afferma le four de lad[ite] verrière d’Aureinque pour y travailler le verre et pour son habita[ti]on […] les deux estations hautes de la mai[s]on qu’est aud[it] villaige d’Aureinque com[m]e aussy un petit scelier qu’est au chef de l’escurie dans la basse court […] come aussy luy est baillé la passade qu’est entre la mai[s]on et le portal de la basse court pour y tenir le salicor et la moityé du jardin qu’est joignant lad[ite] mai[s]on et bassecour.

            Le bail d’une durée de six ans fut réglé à la somme de 200 livres par an, payable en deux termes de six mois. Le sieur Gaillard devait fournir un homme pour couper le bois. Le locataire se réservait quatre places du four qui devait donc en posséder plus. Le nom des autres verriers ne nous est pas révélé, mais on peut légitiment penser que des membres de la famille Filiquier dont certains vivaient en Auvergne furent recrutés. Ici encore, le maître de la verrerie n’accomplit pas la totalité du bail puisqu’il mourut chez lui à Rayret le 9 avril 1699.

 

 

Sa descendance

 

            Son épouse Antoinette de Canac ne lui avait donné qu’un seul garçon parmi leurs sept enfants et encore mourut-il probablement précocement car nous n’avons trouvé aucune trace de lui en dehors de son acte de baptême. Des six filles, seules quatre furent retrouvées à l’âge adulte. Catherine, l’aînée, épousa le 16 juillet 1693 un maître menuisier de la Bastide, paroisse de Saint-Just, Jean Frayssinet. Dans son contrat de mariage du 21 juin 1693, elle fut dotée de 400 livres, d’une génisse et d’une pouline, évaluées 10 livres chacune, d’une robe de valeur de 15 livres, d’une autre robe de maison, d’une couverture de lit valant 9 livres et de quatre draps de lit. La seconde, Antoinette, se maria le 29 août 1711 avec François Rouve, bourgeois. Lors du contrat de mariage reçu le 25 juin 1711 par maître Bernard Vernhes, notaire de Salmiech, Antoinette se constitua avec ses biens évalués à 180 livres et sa mère la dota de 300 livres provenant de l’hérédité de son père. Son futur époux se constitua la somme de 290 livres. Enfin, Marie est citée dans une transaction de 1725 passée avec ses sœurs Antoinette et Isabeau, comme ayant-droits de la succession de feu noble André Audouy. Les autres enfants étaient donc décédés avant cette date.

 

 

Conclusion

 

            Bien que nous ignorions la valeur des biens reçus lors de son contrat de mariage, nous pensons qu’André hérita d’un patrimoine modeste. Sa vie laborieuse de gentilhomme verrier ne lui procura pas une grande aisance, mais elle lui assura une existence honnête qui le plaçait socialement au-dessous des artisans, des paysans ou des bourgeois par son appartenance à la noblesse. Cependant, il n’eut pas les honneurs d’une sépulture dans l’église paroissiale.

 

 

© Dominique Guibert 2012

 

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 10:40

                 La question peut paraitre incongrue de prime abord, mais à bien y réfléchir elle est plutôt pertinente.


         Nous avons donné dans notre essai généalogique des FILIQUIER l’origine géographique et philologique de ce patronyme. Jacques premier du nom est cité sous le nom de FILITIER dans un acte de 1553 dans lequel il est dit natif de Mormoiron, près de Carpentras, dans le Comtat Venaissin.


            Le Comtat Venaissin fut cédé au pape Grégoire X par le roi de France Philippe III le Hardi en 1274. Son successeur le pape Clément V établit sa curie à Carpentras en 1313. Les papes italiens ont entrainé dans leur sillage moultes familles italiennes dont un certain nombre d’artistes.


            Or le patronyme FILITIERI est présent en Italie au XVe siècle. C’est notamment le nom d’un rameau de la famille noble Catellini da Castilglione, l’une des plus ancienne de Florence.

 


Filitieri

 

Blason des Filitieri


            Le patronyme FILITIER et l’origine « venaissine » sont attestés par les documents d’archives pour les deux branches rouergates des FILIQUIER, celle d’Aurenque et celle du Piboul. De plus, nous savons que les BOURNHOL, originaires d’Altare, suivirent les FILIQUIER à Aurenque puis au Piboul et qu’un verrier du marquisat de Monferrat, nommé BABI était présent en 1601 à Saint-Médard-Nicourby en Quercy (d’après Tristan Busser) ainsi que des membres de la famille BOURNHOL (d’après nos sources).

 

 

 

Filiquier

 

Blason attribué aux Filiquier

 

 

            Les gentilshommes verriers du nom de FILIQUIER dont on ne connaît jusqu’ici que des descendants dans les provinces limitrophes du Rouergue à savoir le Quercy, l’Albigeois et la Haute-Auvergne, pourraient bien être une famille inédite de verriers d’origine italienne.

 

© Dominique Guibert 2012

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:58

La source principale de cette étude est la publication de Jean Vignau, intitulée Nobiliaire des généralités de Montauban & d'Auch & du pays de Foix. Dans le vidimé du 6.4.1533, écrit-il, où François Ier accorde des lettres patentes en 1523, il est fait mention de noble Jean de Bournhol (sic), natif de la ville d'Altare en Italie, gentilhomme verrier reçu en France. Il s’agit probablement de lettres de naturalité accordées aux verriers italiens que le Roi souhaitait voir s’établir en France afin de bénéficier des secrets de la verrerie vénitienne de grande réputation et dont l’importation de sa production coutait cher au royaume.

 

            Le plus ancien acte notarié produit lors de la recherche des faux nobles au XVIIe siècle est un contrat de mariage de noble Jean de Bournhol et de demoiselle Jeanne Bouchène, du 12 juin 1575, reçu par maître Jean Lavaur. Jean est dit natif de Lautrée ou Lauta en Italie et à présent habitant à la verrerie de noble Jacques de Filiquier d’Aurenque ; et fils d’autre Jean de Bournhol et de demoiselle Jeanne Daurez. Il est malheureusement impossible de retrouver cet acte de mariage. En revanche, l’existence d’un notaire du nom de Jean Lavaur, résident aux Bessades, à quelques kilomètres d’Aurenque (commune de Coubisou, Aveyron) au début du XVIIe siècle est connue, tandis que la verrerie établie en ce lieu est aussi attestée dès 1571.

 


 Bournhol

 

 

BLason de la famille de Bourniol

 

 

            Le patronyme Bouchène ou Bouchane est inconnu en Rouergue, mais il s’agit probablement d’une féminisation comme cela se faisait couramment à cette époque : il faut donc plutôt rechercher le patronyme Bouche ou Boche, sur le modèle d’Espiane, féminin d’Espie.

 

            La ville d’origine de ces « Bourniol » semble poser problème. Tristan Busser, auteur des excellentes études sur les verriers du Quercy et de Haute-Auvergne, y a vu celle de Lantea, diocèse de Nole en Campanie. Personnellement, je vois dans Lautrée et Lauta la transcription de Lautar pour l’autar, traduction littérale en langue d’oc d’Altare, signifiant autel. Je reconnais que c’est pure spéculation intellectuelle en l’absence des sources originales. Jean Vignau cite un bail à nouveau fief passé en 1598 par le chapitre de Rodez an faveur de noble Jean Bournhol, natif de la ville de Lauta en Italie. Bien que l’original de cet acte ne nous soit parvenu, ce renseignement paraît incontestable.


            Autre élément qui pose problème c’est l’ascendance maternelle de Jean Bournhol, verrier à Aurenque en 1575 puis au Piboul (commune de Saint-Just-sur-Viaur, Aveyron) en 1598. Sa mère, Jeanne Daurez, que l’on pourrait tout aussi bien lire Daures, selon les règles graphiques de l’époque (XVIe siècle). Si Bornhol puis Bournhol est la variante occitane de Bornioli naturalisé Borniol, j’ai beaucoup de difficulté à voir dans Daures, un patronyme italien naturalisé. En revanche, ce patronyme est courant en Rouergue, ce qui complique l’affaire. Là encore, en l’absence de documents originaux, je ne me risquerai pas à tirer des conclusions hâtives.

 

 

© Dominique Guibert 2012

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 18:28

Cet article fait suite au précédent dans lequel nous avons évoqué le sieur Robert, fabricant de verre, domicilié à Hauteserre, opposant à la mise en service de la verrerie de Combenègre (Centrès, Aveyron) par des verriers de l'Ariège.

 

Qui était le sieur Robert, négociant et fabricant de verres à Hautesserre, commune de Penne (Tarn) ?

 

Nous trouvons dans l’état-civil de la commune de la Penne, à la date du 18 août 1841, l’acte de décès du sieur Joseph Robert agé de quatre vingt deux ans, négociant, fils de défunts Jean Robert et de Magdeleine Costes mariés, domiciliés quand vivaient dans le département de l’Aveyron, veuf de Catherine Bélaygue, demeurant au lieu d’Hauteserre commune dudit Penne […].

 

S’agit-il pour autant du fabricant de verres que nous recherchons ? Suite à la lecture des informations contenues dans l’acte ci-dessus, nous avons recherché l’acte de décès de son épouse Catherine Bélaygue. Celle-ci décéda le 21 décembre 1839, agée de soixante dix ans sans profession épouse du sieur Joseph Robert fabricant de verre demeurant à Auteserre (sic) commune dudit Penne […]. Cette fois-ci, nous avons la confirmation de la double activité de négociant et fabricant de verre du sieur Joseph Robert.

 

Mais qui était réellement ce Joseph Robert, verrier, originaire du département de l’Aveyron, où il serait né vers 1759, d’après son acte de décès ? Etait-il le rejeton d’une ancienne famille de gentilshommes verriers du même nom qui essaima dans tout le sud-ouest de la France ?

 

 

 

 

Hauteserre

 

 

Situation de la verrerie de Hauteserre dans la paroisse Vaour, d'après la carte Cassini

 

 

 

Nous connaissons deux branches de cette illustre famille de verriers qui se fixèrent en Rouergue. La première venait du Haut-Languedoc, de Gaja-La-Selve (Aude), en la personne de noble Pierre de Robert, sieur de Lascaves. La seconde était originaire du Quercy, de Caniac-du-Causse (Lot), constituée par les frères Jean-Baptiste, Jean-Antoine et Pierre de Robert, le premier sieur de Saint-Palavy et le second sieur de Lajouzan.

 

Ouvrons une large parenthèse pour présenter ces deux branches.

 

Noble Pierre de Robert, sieur de Lascaves, né à Gaja-La-Selve vers 1710, de noble Jean de Robert, sieur de Lascaves et de demoiselle Françoise de Laverdun. Pierre se fixa dans la paroisse de La Selve, en Rouergue, par son mariage vers 1740 avec demoiselle Françoise André, fille de feu Me Jean André, notaire royal dudit lieu, et veuve de Me Louis Dalmayrac, aussi notaire du même lieu. Françoise était âgée de plus de soixante ans lors son deuxième mariage, aussi elle n’eut aucun enfant de cette union. Elle décéda le 26 avril 1757 à La Selve.

 

Pierre convola en secondes noces, le 26 février 1759 à Marsal (Tarn) avec la demoiselle Elisabeth de Bouzinac de la Tour de la Frégère, âgée de trente-neuf ans. Ils n’eurent pas plus d’enfants.

 

Avant sa mort, dont nous ignorons la date et le lieu, le sieur de Lascaves, fit donation de ses biens à son neveu Jean François, fils de son frère (consanguin ?) François de Robert, aussi sieur de Lascaves, établi par mariage dans la paroisse de Vaour (Tarn).

 

Son donataire, Jean François de Robert, céda en 1777, après avoir transigé avec la veuve de son oncle, tous ses droits à Me Vigroux, notaire de La Selve, pour la somme de 280 livres tournois. Ainsi s’éteignit cette branche de Robert en Rouergue.

 

Trois frères, fils de noble Namphaise de Robert, sieur de Lajeuzan, et de demoiselle Claire Lalo, dame de la Brasconie, vinrent souffler le verre dans les gorges du Viaur près de Centrès. Le premier est signalé en 1769 à Magrinet où les de Bertin tenaient une verrerie.


Jean Baptiste, l’aîné, titré sieur de Saint-Palavy (comme son grand-père paternel), épousa en 1782 à Lédergues (Aveyron), Marianne Mallier, fille d’un bourgeois du même lieu. On lui connaît trois enfants Marie, Jean Baptiste Maurice et Jean Pierre.


Le cadet, Jean Antoine, titré sieur de Lajeuzan, s’unit en 1788, à Françoise Massol, fille d’un paysan de la Fortèse, paroisse de Lédergues et fut père de Jean Pierre, d’où postérité.


Pierre de Robert, benjamin de la famille, verrier comme ses frères, créa une verrerie dans le bois de Rauzet (Auriac-Lagast, Aveyron) en 1789, dans une propriété de l’Abbaye cistercienne de Bonnecombe. De fait, elle eut une existence éphémère. Nous perdons la trace de Pierre dès 1792.

 

Refermons la parenthèse pour conclure que notre Joseph Robert n’est pas apparenté à nos gentilshommes verriers cités ci-dessus. Ne pourrait-il pas pour autant descendre d’une autre branche ? La découverte de son acte de mariage avec Catherine Bélaygue devrait nous en apprendre davantage. Après maintes difficultés, nous l’avons trouvé dans les registres de la commune de Puycelci à la date du 31 janvier 1792.

 

Joseph Robert était assisté et autorisé de Mr François Martial de Suère h[abit]ant de Puycelcy procureur fondé dudit Jean Robert (cultivateur habitant de Centrès, père de Joseph) suivant sa procuration […] et il vivait alors au lieu de Littre paroisse de St Martial municipalité de Montmiral. Parmi les témoins figurait Mr Simon Joseph de Granier de Terride. Bien que seules les professions des pères des époux soient inscrites dans l’acte, la mention de Littre, ancienne verrerie de la famille de Suère et la présence de deux gentilshommes verriers plaident en faveur de la profession de marchand verrier pour Joseph Robert.

 

Autre élément qui va dans le même sens : l’acte de naissance de Jean Mathieu Robert, né le 29 thermidor de l’an 2 (16 août 1794) à Puycelci, fils du citoyen Joseph Robert négotiant (sic) domicilié dans la susditte (sic) ville [et de] Catherine Bélaigue. Parmi les témoins, on retrouve le citoyen François Martial Suère neveu agé de cinquante et un ans.

 

Comment un simple colporteur de verres, fils de paysans rouergats, a-t-il pu devenir fabricant de verre ?

 

Nous savons que le métier de verrier, désigné dans les textes anciens comme l’art et science de verrerie, était un privilège réservé à la noblesse issue de cet art, dans tout le Languedoc et au-delà : du Rhône à l’océan. Mais la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 mit fin à toutes les corporations et organisations professionnelles ce qui eut entre autres pour conséquence de libéraliser l’accès à tous les métiers. Déjà l’emprise de la juridiction de Sommières (voir l’article Sommières et les verriers) s’était considérablement relâchée après 1753, date de la dernière assemblée générale des verriers du Languedoc.

 

Pourtant l’apprentissage du métier était long et la connaissance des compositions jalousement gardée par les gentilshommes verriers. Dans ces conditions, on voit mal comment Joseph Robert, fils d’un laboureur de Centrès, a pu acquérir ces compétences. Nous ne pouvons donc qu’émettre des hypothèses.

 

Ainsi, il a pu dès sa jeunesse travailler occasionnellement à la coupe de bois pour les verreries voisines de Centrès, notamment celle de Laubigue réactivée entre 1778 et 1782 par les frères de Robert de Lédergues. Devenu marchand ambulant de verre, il fut amené à s’approvisionner dans les verreries de l’Albigeois voisin, plus nombreuses et probablement plus productives que celles du Rouergue. On a vu qu’il se trouvait près de Puycelci dès 1792 en compagnie de maîtres verriers ci-devant gentilshommes. A-t-il été formé par l’un d’eux ou bien a-t-il reproduit seul les gestes souvent observés de ses anciens fournisseurs ?

 

Nous ignorons à quelle date il s’installa à Hauteserre et de qui Joseph Robert acquit la verrerie de ce lieu. C’est le seul cas que nous connaissons de verrier non issu de l’ancienne noblesse, qui souffla le verre dans une verrerie artisanale dans la première moitié du XIXe siècle dans cette région.

 

© Dominique Guibert 2012

 


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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 20:31

Les dernières verreries au bois connues du département de l’Aveyron furent celles créées par des verriers originaires du département de l’Ariège. Nous en donnerons quelques éléments généalogiques lorsque les documents permettent de les identifier.

 

1. La verrerie de Combenègre (Centrès, 1827) :

 

Le premier établissement fut celui de Combenègre, près de Tayac, commune de Centrès. Il s’agissait en fait du second atelier verrier construit sur ce site. Le premier, construit vers 1730, fonctionna durant une dizaine d’années au rythme de campagnes saisonnières. C’est l’atelier qui a fait l’objet de fouilles archéologiques par le regretté Lucien Dausse.

 

En septembre 1827, les maîtres verriers Jean Robert Montal et François Grenier de Montazer, originaires et domiciliés au lieu et commune de Gabre, canton du Mas d’Azil, arrondissement de Pamiers, département de l’Ariège, sollicitent du Préfet de l’Aveyron, l’autorisation de construire leur attelier (sic) dans et au fonds (sic) de la forêt, toute essence de hêtre, appellée (sic) Combenègre, dont les arbres leur ont été vendus par le sieur Rey du Sol, commune du Piboul, propriétaire de cette forêt, située au nord de ladite commune de Tayac, dans une gorge très profonde, le long de la rivière de Viaur.

 

Jean-Pierre Robert Montal (1772-1848), fils de Jean-Pierre de Robert Labathe et de Jeanne de Robert Lasrives, était le beau-frère de son associé François Grenier de Montazer (1780-1837). Le premier épousa en 1811, Henriette de Robert Gassion, et le second en 1815 Marie Robert Gassion, filles de Pierre de Robert Gassion et de Jeanne de Robert Lafrégeyre.

 

Voici à quoi ressemblait l’établissement qu’ils entendaient construire : « La consistance de cet attelier (sic) comprend une baraque qu’ils se construisent sur une surface d’environ cent soixante mètres carrés, avec des pièces et soliveaux du même bois, et la couvrent de quelques mauvaises planches, pour être autant que possible à l’abri d’une trop grande pluie. Ils placent le four au milieu de cette hutte et le bâtissent en entier avec de la brique, ils le disposent de façon qu’il y ait autour trois places pour trois pots de fusion et pour trois ouvriers qui puissent travailler à la fois. Ce même four supporte une arche également en brique qui sert pour la recuisson  et reçoit tout le verre fabriqué dans chaque place ».

 

La consommation de bois de hêtre envisagée était d’environ cent soixante stères par campagne annuelle de fusion composée de six à sept semaines de travail sur le verre. 

 

Cette description relativement précise nous apprend qu’un troisième ouvrier verrier devait travailler dans cette verrerie. Cependant aucun indice ni document complémentaire ne nous renseigne sur son identité. On remarquera que cet atelier ne diffère pas de celui dépeint par l’historien aveyronnais Amans-Alexis Monteil en l’an X (voir l’article Les verreries du Rouergue à la fin du XVIIIe siècle d’après Jean-François-Henry de Richeprey et Amans-Alexis Monteil (2/2)).

 

Peut-on être certain de la réalisation de cette verrerie en 1827 à Combenègre ? Nous verrons ci-dessous un témoignage qui répond à cette question.

 

2. La verrerie du moulin d’Ayres (Centrès, 1835) :

 

Quelques années plus tard, en 1835, les sieurs Garils et Léon (sic), ouvriers en verre, domiciliés à Gabre, canton du Mas d’Azil, département de l’Ariège, sollicitèrent du Préfet de l’Aveyron, l’autorisation d’ouvrir une verrerie au moulin d’Ayres, pour la refonte du vieux verre blanc et vert propre à faire des gobelets et fioles pour les pharmaciens.

 

L’établissement projeté sera composé d’un seul four de fusion à quatre places et un de recuisson alimenté par le premier. Le combustible employé sera de bois essence de hêtre, aune et taillis de chêne pris dans les bois de Tayac aux environs d’Ayres, dont la quantité qui sera consommée annuellement n’excèdera pas cent stères ou cent cinquante.

 

La lettre, simplement signée Garils et compagnie, fut datée du 15 août 1835 à Tayac. Qui se cachaient derrière cette association ? Garils était bien sûr un Robert Garils identifié en la personne de Jean Paul André de Robert Garils (1799-1865) et Léon désignait en fait François Grenier Lalée  (1812-1905) couramment appelé Léon. Jean Paul était le fils de Jean de Robert Garils et de Jeanne Duthil, tandis que François dit Léon, fils de Jean de Grenier Lalée et de Marguerite de Verbisier, était le gendre de François Grenier de Montazer, évoqué ci-dessus, dont il épousa la fille Charlotte Irène à Gabre le 24 mars 1835.

 

Si les deux associés cités ci-dessus occupaient chacun un place du four quels pouvaient être les deux autres ? Cette fois-ci, nous possédons un indice essentiel fourni par le livre de Robert Planchon, Gentilshommes verriers, Les Granier Grenier. En effet, pages 248-249, il cite un contrat de société dont le préambule est le suivant : « Entre nous soussignés Robert Garils, propriétaire habitant de Gabre, département de l’Ariège, d’une part, Robert Philibert Labarthe propriétaire habitant la même commune et Grenier Léon habitant la même commune, Ariège ». Le troisième verrier associé était donc Philibert Robert Labarthe (1814-1903), fils de Pierre de Robert Labarthe et de Catherine Françoise Peyrat. Seul le quatrième ouvrier verrier reste à identifier.

 

La société Robert Garils et Compagnie, après enquête auprès du maire de Centrès, de l’Administration des Forêts, de la Direction Générale des Ponts et Chaussées et des Mines, obtint l’autorisation d’établir deux fours destinés à la refonte et à la fabrication du verre dans le local par eux désigné au moulin d’Ayres, commune de Centrès (Aveyron), le 29 décembre 1836.

 

La mise en œuvre de cette verrerie du Moulin d’Ayres est aussi attestée par l’opposition d’un verrier du Tarn, en périphérie de la forêt de Grésigne. En effet, le 2 septembre 1835, le Préfet de l’Aveyron accusait réception d’une lettre du sieur Robert, fabricant de verre, domicilié à Hauteserre, commune de Penne, arrondissement de Gaillac (Tarn), qui se plaignait que des ouvriers verriers venus de l’Ariège fabriquent dans la commune de Tayac sans en avoir obtenu l’autorisation du gouvernement …

 

Effectivement, le courrier de ce sieur Robert dont l’original a été conservé dénonçait l’exploitation illégale et clandestine de quelques fabriques qui, se dérobant par leur inconsistance à l’action de l’autorité et à  celle du fisc, portent le plus grand préjudice aux Verreries (sic) anciennes et légitimement établies. Le plaignant apprit que des ouvriers, venus du département de l’Ariège, fabriquaient dans la commune de Tayac, canton de Naucelle, sans aucune déclaration préalable et sans l’autorisation du Gouvernement, et que leur marchandise, quoique d’une qualité inférieure, étant vendue sur les lieux, rendoit (sic) toute concurrence impossible.

 

Mais cette lettre a le grand intérêt de nous confirmer la réalité de la production de la verrerie précédente, à savoir celle de Combenègre en 1827. Le sieur Robert de Hauteserre écrivait à la suite des lignes ci-dessus : « Tant que ces particuliers (les verriers ariégeois) non résidens (sic) n’ont établis leur usine que sous une espèce de hangar mobile, qu’ils n’ont travaillé qu’à des intervalles assez irréguliers et pendant quelques semaines seulement, le soussigné a gardé le silence […].

 

L’identité de cet opposant à l’établissement de verreries dans le département de l’Aveyron fera l’objet d’un article ultérieur. Je vous donne cependant connaissance de ce qu’il écrivait de lui-même au préfet : « Le soussigné, négociant et fabricant de verre, domicilié à Hautesserre […] exploite, sur les confins de la vaste forêt royale de Grésigne, d’où elle tire son combustible, une usine en verre blanc et vert, qui a ses principaux débouchés dans le département du Tarn, dans ceux qui l’avoisinent et notamment dans celui de l’Aveiron (sic) ».

 

Quelle a été la durée de fonctionnement de cette verrerie ? Nous l’ignorons, même si le sieur Robert, de Hautesrre, précisait dans son courrier que ces mêmes individus ont acheté du bois pour plusieurs campagnes [et] pris à ferme pour plusieurs années une partie des bâtimens (sic) du moulin d’Ayres.

 

 

Noyers

 

Localisation de la verrerie de Noyès (Camboulazet)

 

 

 

3. La verrerie de Noyers (Camboulazet, 1842) :

 

C’est semble-t-il la dernière verrerie au bois du département de l’Aveyron. Pour celle-ci, nous n’avons pas d’autres sources que le courrier administratif relatif à l’enquête de commodo et incommodo des établissements jugés potentiellement polluants ou dangereux.

 

Les demandeurs sont les mêmes que précédemment à savoir les sieurs Grenier, Garils, Robert et compagnie. L’autorisation gouvernementale d’établir deux fours de verrerie, destinés à la fabrication des articles de gobeletterie (sic) en refonte, par eux désigné au villages des Noyers, commune de Camboulazet (Aveyron), à la charge de précaution et dispositions que l’administration pourra en tout tems (sic), leur prescrire dans l’intérêt de la sureté et de la salubrité publique, leur fut accordée le 13 octobre 1842.

 

Il serait intéressant de retrouver l’emplacement de cette verrerie à Noyers, sachant que la famille verrière de Bournhol y vécut et y travailla le verre par intervalle, de la première moitié du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

 

© Dominique Guibert 2012

 

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 09:23

La fin du XVIIIe siècle marque le déclin des verreries forestières du sud de la France. Dès la première moitié du siècle, les verriers du Languedoc sont l’objet de tracasseries administratives : on les éloigne des principales villes du bas Languedoc et les envoie dans les montagnes de l’Aigoual ou de l’Espérou. De fait, les verriers du Rouergue ne semblent pas avoir été inquiétés par les Eaux et Forêts. Il est vrai qu’ils ne brûlaient que des bois appartenant à des particuliers et encore ceux-ci étaient-ils souvent situés dans des pentes peu accessibles.

 

La juridiction de Sommières qui régissait la corporation des gentilshommes verriers du Languedoc depuis le XVe siècle perdait de son prestige et de son influence : non seulement elle ne protégeait plus les privilèges de ses membres mais ces derniers paraissaient aussi se détourner de ses règlements. En effet, d’une part le chevalier de Solages, qui n’était pas issu d’une famille de verriers obtint en 1752 l’autorisation de créer une verrerie au charbon près de Carmaux qui employait une vingtaine de verriers venus de Champagne, du Bordelais mais aussi de la Grésigne. D’autre part, la dernière assemblée générale tenue à Sommières en 1753 était loin de regrouper l’ensemble des verriers rouergats (voir dans ce blog l’article Sommières et les verriers du Rouergue).

 

La présence de familles de verriers dans les gorges du Viaur depuis la fin du XVIe siècle avait entraîné le déboisement de surfaces importantes dont certaines converties en terres cultivables. Ce besoin de nouvelles terres cultivables s’explique par la croissance démographique et par la reconquête de sols retournés à la friche suite aux troubles religieux ou aux épidémies de peste. Mais la réduction des surfaces boisées fut aussi à l’origine de l’augmentation sensible des prix de ces ressources forestières. Ainsi, il n’est pas rare de trouver des contrats de vente de coupe de bois aux verriers pour des durées inférieures à trois mois voire à un au milieu du XVIIIe siècle, alors qu’un siècle auparavant, un maître de verrerie pouvait négocier l’achat de bois pour plusieurs campagnes successives.

 

Nous avons vu précédemment les derniers efforts des verriers rouergats pour vivre de leur laborieuse industrie. La Révolution semblait avoir sonné le glas de leur activité. Cependant, nous avons eu la surprise de voir resurgir la fabrication de verres en Aveyron au début du XIXe siècle. Nous devons cette première découverte (redécouverte plus exactement) à notre ami Alain Goulesque  (voir le site internet www.genealogie-aveyron.fr) qui a effectué des recherches en archives suite à la découverte en 2007 de deux fours de verriers l’un en bon état dans la forêt domaniale de Lagast (commune d’Auriac Lagast) et l’autre, complètement rasé, dans le bois de la Devèze (commune d’Alrance) et qui a reconstitué la généalogie du fabricant de verre et maître d’œuvre de ces verreries, Jean-Baptiste Colon Delsuc.

 

Ce Colon Delsuc, bien qu’étranger au Rouergue (il était né à Comiac, département du Lot, le 27 janvier 1784), ne fut pas le premier de cette famille à fréquenter les verreries de ce secteur. En effet, noble Pierre de Colon sieur Delsuc, grand-oncle paternel de Jean-Baptiste, contracta mariage le 12 avril 1733, devant Me Rollendes, notaire de Lédergues (Aveyron) avec Magdeleine Magne, native de cette commune. Pour une raison que nous ignorons, cet engagement fut résilié d’un commun accord à Tayac (commune de Centrès, Aveyron) le 16 mai 1734 devant le même notaire. Pierre sieur Delsuc travaillait alors à la verrerie de Bagard de Mr de Bournhol dont noble Jacques de Renaud sieur de Fenoulet, qui avait épousé en 1729 la fille prénommée Thérèse, était le maître.

 

Mais revenons à Jean-Baptiste Colon Delsuc. Lors de son mariage avec Christine Fabre en 1810, il reconnut sa fille naturelle Justine née le 21 janvier 1809. Il dut faire la connaissance de Christine, née en 1784, la même année que lui, dans le village de Carcenac (commune de Salmiech) au plus tard au printemps 1808. Curieusement, dans leur contrat de mariage du 16 avril 1810, Jean-Baptiste était domicilié à La Capelle-Farcel (commune d’Alrance) alors que dans l’acte civil de mariage, daté du 16 mai, il était domicilié à Burgayrettes (commune de Salmiech), hameau situé entre Carcenac et Trémouilles. Or, une verrerie a été découverte près de Connes, à moins d’un kilomètre de Trémouilles. Il pourrait s’agir du premier lieu de travail en Aveyron du jeune Jean-Baptiste.

 

Lagast

 

Carte des verreries du Lagast et de la Devèze (1810-1816)

 

 

En l’absence de documents, il est impossible de savoir si la venue de Colon Delsuc résultait d’une initiative personnelle ou d’un recrutement par une famille de verriers locaux en manque de personnel qualifié. N’oublions pas qu’une branche des Bournhol alias Borniol de Fonbonne résidait tout près, à Comps-la-Grand-Ville. En revanche, les deux verreries du Lagast et de la Devèze sont documentées et peuvent être attribuées sans conteste à Jean-Baptiste Colon Delsuc. En effet, le 10 décembre 1810, il achetait sept hectares soixante trois ares quatre demiares (sic) ou trente sétérées ancienne mesure à prendre d’un bois appelé la Devèse dans lad. mairie d’Alrance. La vente fut faite au prix provisoire de 600 francs, le prix final devait être estimé par expertise. Nous savons par ailleurs qu’à cette date, il avait fixé sa résidence à la Fumadette, près de La Capelle-Farcel où naquirent trois autres enfants Auguste, Rosalie et Jean-Louis, respectivement en 1810, 1812 et 1814.

 

Jacques Jarriot, alors professeur d’histoire au Lycée Foch de Rodez (Aveyron), exhuma en 1974, une pétition rédigée en juillet 1816 par les habitants des environs des Costes-Gozon contre la fumée de la verrerie établie depuis peu au bois du Lagast près de Villefranche de Panat, persuadés que celle-ci était préjudiciable à leurs cultures céréalières. Le four de cette verrerie découvert récemment dans la forêt domaniale du Lagast est l’objet des attentions de l’association locale Sauvegarde et mise en valeur touristique du petit patrimoine du Lagast qui a conçu le projet de mise en valeur des vestiges du four du Lagast par la réalisation d’un sentier aménagé et de panneaux pédagogiques destinés à l’information du public. Tout ceci en accord et en partenariat avec l’ONF.

 

La suite de la pétition de 1816 reste inconnue et nous ignorons si Jean-Baptiste poursuivit son métier de verrier jusqu’à sa mort prématurée en décembre 1834, l’acte de décès ne mentionnant aucune profession. Aucun de ses descendants qui firent souche dans notre département n’exerça la profession ancestrale des Colon.

 

Cependant, cette activité verrière traditionnelle au bois par un descendant de gentilhomme verrier reste en partie mystérieuse. La bonne marche d’une verrerie exigeait la présence d’un minimum de personnel dont au moins deux verriers professionnels. Or nous ne connaissons les noms d’aucunes des personnes qui travaillèrent dans ces verreries hormis Jean-Baptiste lui-même. Tous les privilèges et corporations ayant été abolis par la Révolution, n’importe qui pouvait théoriquement alors devenir verrier. Quoiqu’il en fût, nous verrons par la suite, que de nouvelles verreries furent créées dans la première moitié du XIXe siècle par des verriers ariégeois, eux aussi descendants de gentilshommes verriers.

 

A suivre…

 

© Dominique Guibert 2012

 

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 17:52

Une vingtaine d’année après les voyages de Mr de Richeprey, Amans-Alexis Monteil, premier historien du nouveau départment de l'Aveyron, publie sa Description du départment de l’Aveiron, seconde partie, publiée à Rodez en l’an X. Page 205 à l’article Verriers, il écrit :

 

« De cinq verreries que nous avions autrefois, quatre ont successivement disparu ; celle qui reste, après avoir parcouru différentes stations, vient de s’établir à peu de distance de l’ancienne Abbaye de Bonnecombe.

 

Rien de si misérable que cet atelier. C’est un carré de murailles basses, et grossièrement maçonnées, sur lesquelles porte une couverture faite de perches et de genêts. Au milieu se trouve le four, dont la construction diffère de ceux à la Française. Il est de terre glaise ; le tisar ou foyer en traverse tout le diamètre. Au lieu de chambre de refroidissement, on a élevé à côté du four, un terre-plein sur lequel est une espèce d’acqueduc, dont l’orifice est placé vis-à-vis un des ouvreaux. C’est là que sont déposés les verres qui sortent des mains de l’ouvrier, et à mesure qu’ils se refroidissent, on les tire par l’orifice opposé, au moyen d’un  crochet de fer.

Cette verrerie ne fond ni quartz ni sable : elle n’emploie que des cassons. Les débris de verre blanc servent à faire des gobelets, et ceux à verre verd à faire des bouteilles, et surtout des mesures de vin appelées pauques, quarts et demi-quatrs. Ces mesures sont divisées en deux : la partie inférieure forme un poligone ; la supérieure, un entonnoir à côté duquel les marchands de vin appliquent une languette de fer blanc qui marque la jauge. Trois ouvriers et autant de manœuvres suffisent à cette verrerie qui tous les jours, devient plus languissante. Il est même vraisemblable qu’elle ne tardera pas à cesser ses travaux ».

 

 


Musée de Sorèze

 

 

Pauque en verre vert au centre de la photographie (Musée du Verre à Sorèze, Tarn)

 


 

Commentaires personnels :

 

Le constat de Mr Monteil diffère peu de celui de Mr Calmès (voir partie 1/2) : même misérabilisme. Les quatre verriers précédents ne semblent plus que trois et leur atelier n’est plus à Laubigue mais dans les environs de Bonnecombe. Ils ne composent plus leur préparation fusible mais n’emploient plus que du verre cassé blanc ou vert.


La description du four de fusion du verre est conforme aux vestiges visibles des rares fours conservés et aux données archéologiques des deux verreries étudiées dans le département : la Verrière de Saint-Chély-d’Aubrac datée du XIVe siècle et la verrerie de Combenègre (Centrès) datée du XVIIIe siècle. L'arche de recuit qui utilise la chaleur perdue du four de fusion, permet l'économie de l'alimentation d'un four de recuit.


Quant à l’architecture générale de la verrerie, elle correspond probablement à l’agencement de toutes les verreries forestières (appelées verrières en occitan) dont la durée de vie était limitée au temps d’exploitation des ressources forestières.


La production était limitée à des articles de manufacture courante et facilement commercialisable : gobelets en verre blanc et bouteilles en verre vert.

 

© Dominique Guibert 2012

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 10:50

Le journal des voyages en Haute-Guienne de Jean-François-Henry de Richeprey (tome 1 Rouergue) présenté par Henri Guilhamon en 1959 mentionne, à la page 310 en note 2, l’existence de verreries dans les gorges du Viaur. En voici le texte :

 

Les détails complémentaires ci-dessous, sur les verreries de La Selve furent fournis à Richeprey par son collaborateur Calmès de La Bessière. Ils se trouvent au folio 1309 des pièces annexes du Journal.

            « Il y avoit anciennement dans le Rouergue trois ou quatre verreries ambulantes. Lorsqu’elles avaient épuisé le bois dans une contrée, on allait les établir dans une autre ; pendant longtemps, il y a eu de ces établissements à Centrès, à Tayac, à Noyers près de Camboulazet, dans la paroisse de Saint-Just. Tous ont successivement dépéri et, dans leur décadence, ils ont entrainé la fortune des entrepreneurs ; pas un n’a gagné sa vie dans ces pénibles travaux, ils y ont même consommé leurs biens et perdu leur crédit. Presque tous ces malheureux sont sans pains ; en se ruinant, ils ont désolé le pays, moins en écrasant leurs créanciers qu’ils ont été dans l’impossibilité de payer, qu’en détruisant les bois du païs. Les spéculateurs l’avaient dit depuis longtemps, mais la misère urgente qui force le malheureux propriétaire de consommer les fruits de ses productions avant qu’ils soient parvenus à leur maturité, empêchait le public de lire ci-avant dans l’avenir, et quand il aurait prévu le mal à venir, la nécessité lui criait de jouir.

            « Les débris de ces malheureux verriers ont été se réfugier près de La Selve, dans un village qu’on appelle l’Aubigo (Laubigue) ; ils sont au nombre de quatre. Leurs ouvrages consistent en de petits gobelets et des bouteilles de verre blanc et fort mince ; ils composent leur matière de verre de vitre cassée ou du saricout (?) mêlé avec du caillou. Le bois dont ils se servent appartient à Mr de Perssegals, auquel ils donnent trente trois francs par mois pour tout le bois dont ils peuvent avoir besoin. La consommation, s’il est sec, se porte à quatre charretées et jusques à huit s’il est verd. On peut par là combien peu sont avantageux au public de pareils établissements, puisque le propriétaire ne vend, comme il résulte de ce qui a été dit ci-dessus, que 5 s. 6 d., la charretée du bois sec et moins ….. celui qui est verd ; et si l’on compte les rejets que leurs ouvriers font du bois qui ne se trouve pas commode au transport ou au coupement et qu’ils dégradent par le peu d’attention qu’ils y portent en l’exploitant, le prix du bois sera encore bien plus modique. Ces établissements sont donc bien peu avantageux au propriétaire.

            « Le bien public en souffre beaucoup ; le bois qu’on exploite est ordinairement de belle venue ; ils choisissent et le plus jeune et les plus beaux parce qu’ils brûlent mieux, sont plus commodes pour le transport et s’arrangent mieux dans le fourneau. Ces bois, s’ils avaient été réservés depuis cinquante ans, seroient aujourd’hui propres à la construction ; fourniraient tout au moins du merrein dont la rareté se fait déjà sentir depuis longtemps, et qu’on ne trouvera bientôt plus dans le Rouergue. Cette branche de commerce sera d’autant plus à regretter qu’elle a fait vivre pendant des années de misère, la plupart des familles du Rouergue.

            « Quant aux entrepreneurs, nous avons vu qu’ils s’étaient généralement ruinés dans de pareilles entreprises. On en connaît pas un, depuis le commencement de ces établissements, qui ait pu seulement en retirer la subsistance, pas même soutenir les ateliers. Suivant les renseignements que nous avons pris, ces quatre ouvriers qui travaillent à la verrerie de L’Aubige ne font par jour, que trois quintaux et demi ……. Il faut noter qu’ils ne travaillent que six mois de l’an. Ils font ….. soixante à quatre-vingt (feuille déchirée) …… qu’ils vont vendre le …… voisinage et dans l’Albigeois.

            « On nous assure que ces colporteurs ne gagnent pas tout ensemble cinquante louis … On peut facilement juger partout ce qui vient d’être exposé si ces établissements sont fort avantageux au particulier et au public. Aussi il n’y a qu’une voix pour demander leur destruction. Les propriétaires même des bois conviennent de la sagesse du règlement qui les prohiberait ».

 

Laubigue

 

Situation de la verrerie de Laubigue (Rullac-Saint-Cirq, Aveyron)

 

 

 

Commentaires personnels :

 

Cette lettre adressée par l’Abbé Calmès à Mr de Richeprey n’est pas datée. En revanche, elle est postérieure au voyage de ce dernier dans la région de Centrès au mois de décembre 1780 où il note qu’on compte trois verreries dans cette partie du Rouergue ; elles sont à Centrès, à Camboulas et au village de la Pougue. De ces lieux cités, il faut lire la verrerie de la famille de Bertin à Magrinet, paroisse de Centrès, la verrerie située sur la carte Cassini de Rodez, rive droite du Viaur, entre La Capelle-Viaur et Saint-Georges-de-Camboulas dont nous ignorons l’origine et celle du village de Laubigue aussi appelé La Bouygue, paroisse de Rullac.

 

L’Assemblée Provinciale, à laquelle étaient destinés ces voyages, tint sa dernière réunion en 1786 et Mr de Richeprey décéda en 1787. Il faut donc en conclure que la lettre ci-dessus est antérieure à cette dernière date, mais bien postérieure à 1780, puisque son auteur mentionne la disparition de toutes les verreries à l’exception de celle de Laubigue. Cependant la mention d’une somme en francs nous laisse perplexe : mauvaise retranscription d’une abréviation ou emploi inhabituel de cette monnaie.

 

Curieusement, Mr Calmès, qui semble par ailleurs très bien renseigné, ne cite pas la verrerie dite de Camboulas.

 

Il n’a pas, c’est le moins que l’on puisse dire, une haute estime de cette activité artisanale, qui non seulement ruine le pays de ses maigres ressources forestières mais ne suffit pas à faire vivre honorablement des verriers qui sont tous membres de la noblesse et doivent théoriquement vivre noblement. D’ailleurs, il ne fait jamais état de cette appartenance et n’emploi au contraire que des termes négatifs voire méprisants : dépéri, décadence, malheureux, débris.

 

En revanche, il nous renseigne sur les matières premières employées : le verre cassé, essentiellement du verre blanc de vitre et du saricout (lire saricot ou salicor, sels de soude sous forme solide provenant de la combustion de plantes côtières telles que la Salicorne) mêlé avec du caillou. Par caillou, il faut entendre, galets ou blocs de quartzite blanc nombreux dans cette région. Le salicor comme le caillou étaient réduits en poudre pour être chauffés préalablement dans un four à fritte, généralement attenant à la verrerie. Ainsi, le four situé à l’extérieur de la halle de la verrerie de Combenègre (Centrès), n’est pas comme l’a cru le regretté Lucien Dausse qui l’a fouillé en 1981, un four de recuit mais plus probablement un four à fritte. La même structure se retrouve à la verrerie de Burau à Fraisse-sur-Agout (Hérault) fouillée en 2008 par l’équipe dirigée par I. Commandré et F. Martin.

 

La seule verrerie en activité à cette période (années 1780 ?) était celle de Laubigue. Ce site a un long passé verrier. La première exploitation connue date de 1686 avec les gentilshommes verriers Etienne de Bertin, David et Claude de Breton. Il faut attendre 1748 pour voir le retour des verriers avec nobles Jacques de Renaud, Etienne Percy, Pierre de Robert, Jean François de Robert, Jean Paul de Robert, Antoine de Berbisier sieur de Laserre, Ignace de Bertin sieur de Fraissinet, Etienne de Renaud sieur de las Combettes présents entre cette date et 1766 qui semble marquer l’abandon du site.

La période qui nous intéresse voit l’arrivée de noble Jean-Baptiste de Robert sieur de Saint-Palavy, habitant de Lédergues (Aveyron). Mais qui sont les trois autres ouvriers dont parle l’abbé Calmès ? Peut-être Jean-Antoine de Robert sieur de Lajouzan (alias Lajeuzan) frère du précédent, les frères Jean et Antoine de Riols, de Taurines (Centrès), Etienne Ignace de Bertin sieur de la Combe, habitant de Magrinet ou encore Pierre-Jean de Bournhol sieur du Claux, habitant de Fonbonne.

 

On notera que la durée de la campagne ou réveillée était alors de six mois, de l'automne au printemps.

 

 © Dominique Guibert 2012

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 08:34

Bonjour,

 

J'ai le plaisir de vous annoncer la parution des Etudes Aveyronnaises 2011, recueil des conférences et études des membres de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron.


Mon étude sur Les Breton, gentilshommes verriers du Rouergue de 1600 à 1750, dont je vous ai donné le détail du sommaire dans mon dernier article, occupe les pages 395 à 428. Le volume compte 488 pages au total.

 

Voici la table des matières de ce millésime :

 

COMMUNICATIONS

 

- Christophe SAINT-PIERRE : Le site de hauteur de la Granède, une agglomération entre Condatomagos et Amiliavus ?...........................................................................................................7

- Julie LOURGANT, Pierre LANCON : L'ancienne clôture de choeur Renaissance de la cathédrale de Rodez et son modèle en bois.................................................................................21

- Monique DUGUE-BOYER : André Boyer (1882-1953), un architecte en Aveyron.................41

- Pierre REDOULY, Joëlle BOSCUS : La porte des Enfarinés du moulin de Malbosc (Villecomtal).........................................................................................................................................53

- Robert TAUSSAT : Il y a cent ans la Société des Lettres entrait dans ses murs....................73

- Pierre-Marie TERRAL : Larzac : dix ans de protestation contre l'extension du camp militaire (1971-1981).........................................................................................................................................83

- Bruno GINISTY : La seigneurie d'Ortholès à l'époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle)............95

- François BEDEL GIROU DE BUZAREINGUES : Le philosophe Louis de Bonald : une pensée toujours présente...............................................................................................................133

- Jacques FREYSSENGE : 1871, l'année terrible : la presse et l'opinion publique aveyronnaise face à la Commune de Paris................................................................................149

- Jean-Pierre BARES : Un aspect du fonctionnement de la justice en Aubrac au XVIIe siècle..................................................................................................................................................163

- Claude PETIT : Une famille de bourgeoisie rurale : les Frayssinous du Puech.................179

- Roger BETEILLE : Le tournant des années 1970 en Aubrac et en Viadène : les limites humaines du renouveau économique.........................................................................................215

- George OSTERMEYER : Antoine de Bonal, juge des montagnes (1548-1627) et son oeuvre................................................................................................................................................223

- Yves CARCENAC : Henri Carcenac (1790-1855), un maire de Rodez tourné vers l'avenir................................................................................................................................................237

- Jean-Pierre et Marie-Claude BENEZET : La procréation humaine à travers les écrits des médecins aveyronnais de la première moitié du XIXe siècle..................................................257

 

ETUDES

 

- Pilar JIMENEZ SANCHEZ : Les cathares ou "bons hommes" du MIdi. Dissidents chrétiens d'époque médiévale........................................................................................................................269

- Jacques CARO : Le château du Bousquet à la mort de Jean de Roquefeuil (1708)..........285

- Claudine ADAM : Les impressions typographiques toulousaines conservées à la Société des Lettres de l'Aveyron (1739-1788)...........................................................................................297

- Philip MALGRAS : La "bonne fortune" de la famille Cibiel : les condition de l'émergence d'un modèle de développement original......................................................................................311

 

CONTRIBUTIONS DE LA REVUE DU ROUERGUE

 

- Gabriel Ramos : Tours-greniers et fortifications dans les granges rouergates de l'abbaye cistercienne de Bonneval...............................................................................................................331

- Jacques CARO : La transmission du patrimoine de Jean de Dumas, à Saint-Geniez (1686).....................................................................................................................367

- Dominique GUIBERT : Les Breton, gentilshommes verriers en Rouergue de 1600 à 1750.....................................................................................................................395

- Matthieu RAYNAL : Maréchaussée et bandes de voleurs en Rouergue durant las années 1720-1730..........................................................................................................................................429

- Régine COMBAL : Le destin tragique d'un poilu de Conques, Adrien Cros (1886-1915).......................................................................................................455



Pour acquérir cet ouvrage, veuillez vous adresser à la SLSAA, 2 rue de Laumière, BP 125, 12001 RODEZ Cedex

tél 0565427593 (L à V de 9 à 12h et de 14 à 17h)

soc.lettres.aveyron@orange.fr

 

Le prix est de 35 euros ou 40 euros port compris.

 

En vous souhaitant une bonne lecture.

 

D. Guibert

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