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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 20:32

            On sème & on cultive le salicor pour en faire la soude en pierre, appelée en françois salicote ou alun catin. On en fait les semailles après celles du blé, & même dans les mois de Février & de Mars ; on le peut encore en Avril & Mai, si dans ce temps-là les pluies sont légères & fréquentes. On jette la graine sur la terre à la volée, & on la recouvre par le hersage : on unit ensuite le terrain, & on brise les mottes pour que le germe n'étouffe pas dessous. On doit avoir soin de sarcler les herbes parasites. Quand le salicor est en sa parfaite grandeur ou maturité (ce qui arrive à la fin de Juillet ou au commencement d'Août) alors il est tout-à-fait jaune ou rouge, & il commence à sécher. En cet état on l'arrache & on le laisse faner comme le foin, puis on le transporte au lieu destiné à le brûler : là on en détache la graine avec des fléaux, & l'on met l'herbe en gerbier, auquel on donne la forme d'un parallélépipède. On pratique ensuite près du gerbier', dans un terrain ferme, un creux circulaire dont le diamètre & la profondeur doivent être proportionnés à la quantité du salicor qu'on veut y brûler : par exemple, pour cent quintaux de pierre de salicor, pour lesquels il faut deux mille cinq cens quintaux d'herbe, on fait un fourneau de 81 pouces de diamètre, sur 36 pouces de profondeur. On commence par échauffer la fournaise avec des fagots de menu bois, puis avec une fourche on y jette l'herbe du salicor : elle s'enflamme à l'instant ; on continue ainsi à mesure qu'elle se consume, d'en jeter des couches pendant trois heures ou environ, puis on unit avec un râteau les cendres embrasées. Alors des gens armés de grands pilons de bois vert pétrissent le salicor en fusion, le remuent autour du fourneau jusqu'à ce qu'il prenne consistance : ils en retirent les pilons tout enflammés : on remet de l'herbe comme ci-devant, & on continue le même procédé jusqu'à ce que le fourneau soit à peu près rempli. Au moyen de ces opérations la terre & le sel alkali contenus dans les cendres, s'unissent & s'accrochent tellement les uns aux autres, qu'il s'en fait, à mesure que le total refroidit, une espèce de pierre saline & fort dure.

            Quand la cuite du salicor se fait de jour, on n'aperçoit de loin qu'une espèce de fumée qui s'élève dans l’atmosphère, & de près cette herbe brûlée paroìt une pâte noire : si la cuite se fait de nuit, les fournaises semblent de loin autant de points lumineux dispersés dans la campagne, & de près on voit avec surprise dans la fournaise une matière embrasée, liquide comme du métal fondu. Les Ouvriers employés à ce travail respirent une odeur peu agréable : ils ont le visage d'une couleur soufrée ; mais cette fumée n'est point dangereuse, comme on l'avoit cru : elle ne cause aucun dommage sur les plantes voisines, ainsi que l'ont observé MM. Tillet & Fougeroux.

            La cuite du salicor, ou la pierre de soude, étant achevée, on fait avec la pointe d'une perche un trou vers le milieu de la pâte, & on la laisse refroidir ainsi pendant deux jours, prenant garde qu'il ne pleuve, auquel cas il faudroit couvrir le fourneau. Pendant le refroidissement la pâte devient d'un bleu noirâtre. On met ensuite dans le trou, dont il est parlé ci-dessus, un coin de fer qu'on enfonce avec une masse : par ce moyen on divise en parties la pierre saline qui ne faisoit auparavant qu'un tout. On dépose les morceaux nouvellement tirés du fourneau, dans un lieu sec. Bientôt il se forme en la surface de cette substance une croûte qui se réduit en poussière ou efflorescence.

            La soude en pierre qui résulte de la marie, est d'un gris-bleu cendré, percée par une infinité de trous, & facile à briser ; elle a plus de croûte & se conserve moins que celle du salicor. Cette matière qui est un mélange de beaucoup de sel lixivial & de terre, est cette masse saline dont on se sert pour dégraisser les étoffes, & qui entre dans la composition des savons & du verre : elle est aussi d'un très grand usage pour la lessive dans les pays où on ne brûle que du bois flotté, dont les cendres ne contiennent que très peu d'alkali fixe. On tire un sel fixe de la pierre de soude, qui est caustique, & qui sert aussi à faire des pierres à cautère, & plusieurs autres préparations chimiques. On en retire du sel de verre utile aux Faïenciers, aux Emailleurs, aux Vernisseurs de terre, à ceux qui font de fausses pierres précieuses, aux Teinturiers, &c. Le sel de soude est la base du fameux sel de seignette de la Rochelle, qui est fort d'usage en Médecine. La propriété qu'a ce sel de s'unir avec la graisse & l'huile pour en former un savon, rend raison de son effet, lorsque les Dégraisseurs & les Blanchisseuses l'emploient pour nettoyer le linge sale & les taches des étoffes.

 

à suivre ...

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 21:42

            2°. La Soude SAlicor appelée Salsovie Ou Marie épineuse, kali spinosum : elle naît aussi dans les pays chauds, sur les rivages sablonneux de la mer, le long des lacs salés, quelquefois même dans les champs éloignés de la mer. Semée dans les jardins, elle dégénère un peu, & devient moins épineuse ; elle diffère de la suivante par ses tiges grosses, sort succulentes, d'un vert brun , & garnies de feuilles longues, étroites, épaisses, empreintes d'un suc salé, terminées par un aiguillon roide & piquant : ses fleurs, qui paraissent vers l'arrière-saison, naissent dans les aisselles des feuilles ; elles sont petites & de couleur verte : il leur succède des fruits épineux, dont la graine est mûre en automne.


            3°. La Soude appelée la Marie Vulgaire Ou la Grande Soude, est le kali geniculatum majus, C. B. salicornia articulis apice crassioribus, Linn. Il y en a de deux espèces, l'une est le salicornia annua, l'autre est le salicornia semper virens. La soude jette de longues branches droites & parallèles, composées de plusieurs tuyaux, qui semblent sortir les uns des autres : les tiges sont sèches, toutes articulées & deviennent par la suite comme ligneuses : leur couleur est d'un vert clair & leur goût peu agréable & moins salé que le salicor : ses feuilles sont arrondies, elles ne sont pas ramassées en aigrettes, elles tiennent à la tige par un nerf solide & blanc : le calice de la fleur forme quatre angles, il est tronqué, un peu renflé & ne renferme qu'une seule étamine : la graine n'est point tournée en spirale & n'a point de capsule propre, c'est le calice qui la renferme, dit M. Marcorelle.


 

Salicornia europea

 

 

Salicornia europea


            La plante de la soude a un goût salé, & contient beaucoup de sel marin : elle est apéritive, diurétique, propre pour la gravelle, pour les vers & les obstructions ; il faut cependant éviter d'en donner aux femmes grosses, & à ceux qui ont des ardeurs d'urine, ou une disposition inflammatoire dans la vessie. Cette plante convient extérieurement pour les maladies de la peau.

 

à suivre...

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 21:24

Cet article est extrait du Dictionnaire raisoné universel d'histoire naturelle de M.Valmont de Bomare publié à Lyon en 1776.

 

SOUDE, soda, plante dont on distingue nombre d'espèces. Nous décrirons ici les espèces les plus en usage dans les Arts & dans la Pharmacie.

            1°. La Soude appelée Salicor : c'est une plante annuelle qui croît dans les pays chauds, sur les bords de la Méditerranée : on la sème aussi exprès aux environs de Montpellier ; elle s'est, pour ainsi dire, naturalisée dans cette dernière contrée, & près de Marseille ; surtout dans des terres imprégnées de sel, & qui ont été autrefois couvertes par la mer, & attéries ensuite au moyen du limon & des sables, &c. Ces terres après les grandes pluies ou les inondations, doivent, étant séchées, paroître blanches en leur surface, & parsemées de petites gerçures ; par un temps de brouillard, leur couleur devient brune; elles sont un peu d'effervescence avec les acides. La culture de ces terres est à peu près la même que celle des autres. Pendant l'année de jachère on les laboure trois & quatre fois ; plus on multiplie les labours, & plus on les rend fertiles : on ne laboure cependant que superficiellement, & l'on trace les sillons à une grande distance.

            La plante appelée salicor, dit M. Marcorelle, est utile par le revenu qu'elle rapporte ; précieuse par ses usages ; curieuse par ses diverses métamorphoses; & agréable à la vue par la variété de ses couleurs & sa forme régulière : elle figurerait dans un parterre & y réussiroit très bien, mise dans une terre appropriée. Cette plante de salicor est connue en Latin sous le nom de kali majus cochleato semine. C. B. Tournts infl. p. 247, salsola (kali ), Linn. N°. 1 : en Arabe sous celui de kali : en François sous celui de soude, & en Languedoc & dans le Roussillon, sous celui de salicor. C'est le boucar des Poitevins & des Saintongeois.

            La graine est roulée en spirale comme la coquille d'un limaçon, voilà pourquoi on l'appelle cochleatum semen : déroulée elle paroît terminée par deux queues qui sont le germe : étant encore verte, on y distingue trois enveloppes ; la première est transparente & extrêmement fine ; la seconde est membraneuse & savoureuse ; la troisième est divisée en cinq feuilles taillées en forme de côte & d'un jaune verdâtre. Dans la végétation la graine se développe ; les deux queues percent les enveloppes, se fichent dans la terre, tandis que la tête pousse ses enveloppes au dehors & en est couverte comme d'un bonnet : quelques jours après elle les rejette & laisse voir deux branches en forme de fourche : du milieu de ces deux branches il en sort deux autres égales, & la tige semble partagée en quatre : plusieurs autres paroissent successivement ; ainsi, au bout de quelques jours, la plante ressemble à une petite aigrette : elle s'élève pendant quelques mois à la hauteur de plus de deux pieds. Sa racine est unie, un peu oblique, fibreuse, brunâtre en dehors, longue d'environ six pouces.


 

Solsola kali

 

Solsola kali

 

            Il part le long de la tige, à la distance d'environ deux pouces, deux branches parallèles qui sortent de deux nœuds égaux & qui deviennent rougeâtres ; ces branches se soudivisent dans leur longueur en plusieurs petits rameaux alternes, articulés par des nœuds ; chaque tige pouffe jusqu'à dix & douze de ces branches, & vingt ou trente tiges sortent quelquefois de la même racine : le tissu peu solide & leur propre poids, font qu'elles sont inclinées vers la terre. Des nœuds des tiges & des branches sortent les feuilles disposées par paquets ; ces feuilles sont à trois faces, comme pyramidales, rangées trois à trois le long des tiges ; celle du milieu est la plus grande ; elles sont bordées jusqu'aux deux tiers de leur longueur par une membrane très déliée ; leur couleur est verdâtre ; elles sont charnues, spongieuses & remplies d'eau salée ; elles renferment un petit nerf blanc aussi fin qu'un cheveu & cassant : étant encore vertes, on peut facilement les écraser dans les doigts, mais elles acquièrent de la consistance à mesure qu'elles approchent de la maturité. Ces feuilles ne sont pas désagréables au goût : les gens de la campagne en mangent avec du pain.

            C'est vers la fin d'Avril ou dans les premiers jours de Mai, qu'on voit sortir des aisselles des feuilles une, deux, trois & plusieurs fleurs qui sont petites, & fort peu apparentes : chacune d'elles est sans pétales, seulement composée d'un calice à cinq feuilles ovales ; d'abord vertes, & ensuite jaunes ou rouges, qui ne tombent point ; elles renferment cinq étamines dont l'anthère est chargée d'une poussière jaune : le germe est arrondi, placé au milieu & surmonté de deux stiles très déliés, terminés par un stigmate un peu recourbé : la capsule qui est plus grosse & enveloppée par le calice, n'a qu'une loge où se trouve une seule graine extérieurement noire & contournée en spirale. Cette graine est très utile aux bestiaux pendant l'hiver ; les bœufs & les brebis en sont avides à cause de la salure qui leur donne de l'appétit.

            M. Marcorelle observe que M. de Tournefort a fait un genre de cette plante, qu'il a mis dans la VI classe de ses Elémens de Botanique, qui comprend les plantes rosacées ; mais comme celle du salicor a une fleur à étamine dénuée de pétales, son genre, dit-il,doit être mis dans la XV classe des mêmes élémens, qui comprend toutes les fleurs à étamines. Le même Physicien a remarqué que dans cette plante, à chaque nœud, l'écorce, la moelle & le bois se divisent exactement en croix.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 08:38

La descendance de Vincent Amouy        

         De sa seconde union, Vincent fut père d'au moins un garçon, baptisé Pierre, peut-être en souvenir et reconnaissance de l’hospitalité reçue de Pierre de la Roque, et de deux filles, Anne et Marguerite. Pierre passa un contrat de mariage le 25 août 1696 avec Marie Galzin, issue d’une famille protestante du Pont-de-Camarès (17). Quant aux deux sœurs, elles épousèrent Bernard et Pierre Théron, travailleurs et peut-être frères de Saint-Chinian (Hérault). Vincent et son épouse vivaient au Mas Rival, paroisse de Saint-Maurice-de-Sorgues (Fondamente). Aucunes des parties ne savaient signer. On note en revanche la présence et la signature de noble Pierre de Bertin, gentilhomme verrier. Nous ignorons les raisons de ce changement de résidence des parents de Pierre ainsi que leurs date et lieu de décès. Nous savons simplement que Vincent décéda le premier et que les deux époux étaient déjà morts le 28 avril 1709.

         Pierre vécut quelques temps à Béziers avant de s’établir à Camarès où tous ses descendants semblent avoir professé la religion réformée. Rien ne laisse supposer, à notre connaissance, qu’il ait exercé le laborieux métier de son père.

 

                                                                                
 Notes :

 

(1) A.D.Gironde, 1MI 3613, paroisse Saint-Vincent-de-Marcillac, GG1.

(2) A.D.A. 3 E 18787 f° 248.

(3) A.D.A. 3 E 19675 f° 104.

(4) A.D.A. 3 E 19450 f° 48.

(5) A.D.A. 3 E 19675 f° 303.

(6) A.D.A. 3 E 19675 f° 308.

(7) A.D.A. 3 E 19282 f° 92.

(8) A.D.H. 2 E 21/48 f° 70.

(9) A.D.T. 6 E 25/149 f°44.

(10) A.D.A. 3 E 19287 f° 140.

(11) Archives communales de Saint-Félix-de-Sorgues, compoix de 1665.

(12) A.D.A. 3 E 9555.

(13) A.D.A  3 E 19151 f° 227.

(14) Gain nuptial et de survie que la coutume ou l’usage de certaines provinces dont le Rouergue accordait à la femme survivante, en récompense de sa dot, sur les biens de son défunt mari.

(15) A.D.H. 2 E 21/61 f° 9.

(16) A.D.H. 2 E 21/65.

(17) Fondant issu de la combustion de la salicorne, plante côtière méditerranéenne, livré par les marchands verriers comme moyen de payement.

 

Tous droits réservés Dominique Guibert 2011

Toute reproduction complète ou partielle de cet article est soumise à l'autorisation de l'auteur.


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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 18:29

Son second mariage

         Vincent, encore jeune, ne tarda pas à se remarier. Il convola avec Marie Roque fille de maître Simon Roque, notaire de la baronnie de Montpaon, après le traditionnel contrat de mariage conclu le 2 décembre 1668 (13). Les futurs mariés promirent de s’épouser en l’église de la religion prétendue réformée (sic). Ce fut donc la seconde union du gentilhomme verrier d’origine catholique avec une femme de confession protestante. Marie fut dotée par son père de deux cents livres tournois payés au moyen d’une pièce de terre assise au village de Marnhagues (Marnhagues-et-Latour), d’une robe de serge de Nîmes avec son cotillon, quatre draps, une nappe, six serviettes, un coffre en noyer fermé à clé et, par sa mère d’une somme de cent livres tournois payable en quatre ans sans intérêt. Quant au droit d’augment (14), outre la généreuse somme de trois cents livres et les robes, bagues et joyaux qu’il lui aurait offert durant sa vie, Vincent fit le don gratuit à sa future de tous ses biens meubles et immeubles présents et à venir pour en disposer librement après sa mort. Marie lui donna pour même droit la somme de cent cinquante livres.

 

Quelques contrats professionnels

         Faute de fortune personnelle et de parenté suffisante, notre gentilhomme verrier dut proposer ses compétences à ses confrères. En novembre 1674, il s’associa avec noble Claude de la Roque, maître de la verrerie du mas d’Arbousse. Ils réglèrent leurs comptes le 25 février 1677 avec Antoine Affre, marchand verrier de Bédarieux (Hérault), pour la vente de verres fabriqués au cours cette campagne (15). Les termes de l’accord devaient être proches de celui qu’il conclut avec noble Isaac de Breton, sieur de la Combe et gentilhomme verrier du Mas de Gély, paroisse de Saint-Caprasy (Saint-Félix-de-Sorgues), à la différence près que Vincent était le promoteur et initiateur de la verrerie du Pas de Ceilhes (Fondamente).

         Il avait préalablement, vers 1679, pris en arrentement les biens fonciers de Pierre Calvier situés au Pas de Ceilhes, comprenant maison, pailler, jardin, prés et bois nécessaires à l’approvisionnement en combustible. Le four devait comportait quatre places : une que se réservait Vincent, deux pour le sieur de la Combe qui avait la liberté de recruter à son profit le gentilhomme de son choix et la quatrième vraisemblablement pour noble Etienne de Bertin, sieur del Devès, témoin et signataire de l’instrument notarié.

         La campagne avait déjà commencé (depuis le 1er octobre 1679) lorsque les deux verriers s’accordèrent devant notaire, le 2 janvier 1680, sur le mode de fonctionnement de la verrerie (16). Vincent s’engageait à fournir tout le bois nécessaire, un hébergement et un magasin pour Isaac de Breton et son employé moyennant le payement mensuel de vingt-sept livres durant toute la durée de campagne qui finirait le 31 mai suivant. Seuls restaient à la charge d’Isaac, la fourniture du « salicor » (17) et des outils de verrier. Dans ce genre d’association, les deux parties jouissaient d’une certaine autonomie : dans la préparation de leur matière fusible et dans la fabrication et la commercialisation des objets de verre.

 

à suivre...

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 19:02

Son premier mariage

         Rien ne permet de savoir si Vincent quitta la maison de son hôte après le décès de celui-ci, mais les bonnes mœurs de l’époque l’exigeaient. Pourtant, il ne tarda pas trop à y revenir. En effet, après le délai légal pour les femmes d’un an de viduité, Vincent, alors âgé de vingt-trois ans, contracta mariage avec la veuve de son ami et marâtre de son ancienne fiancée. L’acte fut rédigé le dimanche 30 mars 1659 à Montpaon par le notaire du lieu (7). Ils se fiancèrent le jour-même et promirent de se prendre pour vieux (sic) et légitimes époux en la forme de la religion réformée. Ils se constituèrent chacun avec leurs biens personnels en se réservant chacun la faculté de vendre et aliéner comme bon leur semble.

         On finit par trouver un parti honorable pour Anne de la Roque, en la personne d’André Arvieu, originaire du mas de Bussière, paroisse de Belmont, dans le diocèse de Vabres. Le contrat fut passé le 27 août 1663 au mas d’Arbousse, dans la baronnie de Montpaon, où était né le père de la future, assistée pour la circonstance de son oncle paternel noble Etienne de la Roque, maître de la verrerie du mas d’Arbousse, de ses cousins germains nobles Claude, Jean et Pierre de la Roque, de sa marâtre Delphine Nougarède et du mari de celle-ci (8). Le mariage devait se faire en l’église catholique apostolique et romaine. Anne se constitua avec tous ses biens meubles et immeubles présents et à venir, mais le fiancé devait employer ses gains futurs à acquitter les éventuelles dettes de la succession de feu Pierre de la Roque. Le nouveau ménage s’installa à Saint-Félix-de-Sorgues où André exerça le métier de menuisier. Au moins deux filles naquirent de leur union : Jeanne et Marie.

         La vie itinérante des gentilshommes verriers rend difficile le suivi de leur activité professionnelle. Comme nous l’avons déjà dit, le cadet Vincent devait se déplacer d’une verrerie à l’autre au gré des besoins en main d’œuvre des différents ateliers. Les verriers formaient une société un peu à part avec ses règlements, ses codes et sa justice. Sans entrer dans les détails, rappelons que le privilège de travailler le verre (on disait alors exercer l’art et science de verrerie) avait été accordé aux nobles de race par les rois de France. La confirmation de ces privilèges par Charles VII et leur publication en 1445 par le viguier de Sommières était considérée comme la charte organique des verriers du pays de Languedoc et de la sénéchaussée de Beaucaire et de Nîmes. La juridiction du viguier et gouverneur de Sommières fut par la suite étendue à presque tout de le Sud-Ouest de la France.

          C’est à la suite d’un déplacement professionnel de son mari dans le Haut-Languedoc, que Delphine Nougarède, malade et alitée dans une chambre des verreries de Labastide-Saint-Amans (aujourd’hui Saint-Amans-Soult, Tarn), dicta son testament à maître Landès, notaire du lieu, le 31 août 1667 (9). Elle voulait être inhumée au cimetière paraclet (sic) de Saint-Amans et ce en la forme de la R.P.R. dont elle faisait profession. Il semblerait qu’elle n’ait jamais eu d’enfants, ni de son premier mari, Pierre de la Roque, ni du second, Vincent Amouy. Aussi, ce fut sans surprise qu’elle désigna ce dernier comme légataire universel et général. Elle fit une aumône conséquente puisqu’elle donna la somme de trente livres pour les pauvres de la paroisse. Mais quels biens pouvait-il lui rester ? En effet, un an avant son dernier testament, le 25 août 1666, elle fit donation à son frère Jean Nougarède de tous et chacun ses biens et droits qu’elle avait aux lieux de Saint-Félix-de-Sorgues et de Saint-Caprasy (10).

         Finalement, Vincent ne devait récupérer qua la portion congrue du patrimoine de son ancien protecteur, puisque Delphine, donataire de la moitié des biens de son premier mari, en fit donation à son frère et Anne était légataire de l’autre moitié. Le compoix de Saint-Félix-de-Sorgues de 1665, semble contredire cette version, car Vincens Amouy y figure, au nom de sa femme, comme tenancier d’une maison à trois étages (trois niveaux) donnant au nord sur la grand-rue, au sud sur le mur de l’église et encadrée de part et d’autre de maisons mitoyennes de mêmes dimensions (11). Il possédait aussi une petite vigne au terroir du Serre et un petit jardin au terroir du Tomb. André Arvieu, mari d’Anne de la Roque possédait à la même date la maison mitoyenne à l’ouest de celle du sieur de la Grave, une vigne mitoyenne de la précédente et un champ au terroir des Prades. Les biens fonciers ci-dessus pourraient correspondre au patrimoine de feu Pierre de la Roque.

         La donation entre vifs et irrévocable de 1666 aurait-elle été cassée par le testament de 1667 ? Pas exactement. Y eut-il procès entre les beaux-frères au sujet de l’héritage de Delphine Nougarède ? Aucun document à notre connaissance n’y fait allusion. En revanche, il est certain qu’il y eut négociation et entente qui aboutirent à un accord devant notaire vingt-six ans après le décès de Delphine. Ainsi, le 21 juillet 1693, Jean Nougarède se départit de la donation faite par sa sœur en 1666 et consentit qu’elle demeurât révolue, cancellée et non avenue à la condition expresse que le sieur de la Grave confirmât la vente d’un champ, sis à Vialaxe, faite par ledit Nougarède à Barthélemy Guibert et l’accord passé par le même avec Antoine Enjalric et Louis Didiés pour le jardin du Tomb (12). Vincent recouvra donc la propriété de la maison de la grand-rue et celle de la petite vigne du Serre.

 

à suivre...

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 21:25

Une promesse de mariage avortée

         La bonne entente entre les deux hommes et des intérêts professionnels communs les conduisirent le 3 octobre 1656 à sceller une promesse d’union matrimoniale entre le jeune Vincent, âgé d’à peine vingt-et-un ans et Anne de la Roque, majeure de vingt-cinq ans, devant l’église catholique apostolique romaine, selon la formule consacrée (3). Il fut convenu que la future épouse, née d’un premier mariage de Pierre de la Roque avec feue demoiselle Anne Pascal, serait dotée des seuls biens et droits maternels qui s’élevaient à la somme de 300 livres, léguée dans son dernier testament, reçu par maître Louis Roustan, notaire de Versols. Les futurs mariés s’engageaient à vivre ensemble avec Pierre et son épouse Delphine, partageant leur repas à la même table. Ils feraient bourse commune, mais le futur mari devait reconnaître les biens de sa future femme tout comme Pierre ceux de son futur gendre. En cas de mésentente entre les deux ménages, Pierre s’engageait à restituer à Vincent la constitution dotale de sa fille Anne.

         Le contrat stipulait en outre que si Vincent quittait le pays avant d’avoir accompli le mariage et s’absentait plus de dix-huit mois le présent contrat serait nul et non avenu. Notre jeune verrier devait peut-être s’en retourner dans son pays natal pour y régler quelque affaire de famille. Ses deux parents étant à présent morts, peut-être devait-il se faire payer ses droits légitimaires.

         Néanmoins, il revint dans le délai imparti puisqu’il fut l’objet d’un incident judiciaire au cours de l’été 1657. En effet, il fut conduit dans la matinée du 23 juillet, par David Record, baile de Saint-Félix-de-Sorgues, à la requête de Pierre Tournier, marchand du présent lieu, dans la maison de maître Jean Plieux, procureur juridictionnel de la communauté, pour y être emprisonné (4). Aussitôt averti, Pierre de la Roque se rendit chez le procureur afin de se porter caution envers son futur gendre avec promesse de le remettre dans la prison de Saint-Félix, à la première réquisition qui en serait faite, à peine de tous dépens, dommages et intérêts ou de payer et acquitter les condamnations qui pourraient être ordonnées contre le sieur de La Grave.

         Dans l’intimité de la maison du gentilhomme verrier, la discussion dut être houleuse entre les deux hommes. Quoiqu’ait pu faire Vincent, son protecteur n’approuva pas son comportement et de désolidarisa de son sort. Deux jours après l’avoir fait sortir de prison, il le ramena dans la maison du procureur en lui enjoignant de bien le garder et s’adressant à Pierre Tournier, il lui affirma qu’il se départait de son acte de caution parce qu’il pourrait se trouver embarrassé à cause de celui-ci. Maître Jean Plieux protesta contre Tournier et la Roque qui lui imposaient un prisonnier parce qu’il n’avait personne pour le garder et l’empêcher de s’évader.

         Nous ignorons l’origine et l’issue de cette affaire. En revanche, il est certain que cet événement ne fut pas de nature à hâter la réalisation du mariage projeté. D’ailleurs nous allons voir qu’il fut purement et simplement annulé. Mais avant cela, un événement familial précipita les choses. Pierre de la Roque qui pouvait avoir plus de soixante ans, tomba malade et fit venir à son chevet, le 19 mars 1658, le notaire de Versols pour lui dicter ses dernières volontés (5). Par cet acte solennel, il réaffirma sa foi catholique par le signe de la croix sur sa personne, par sa volonté d’avoir deux prêtres pour son enterrement, chef de neuvaine et bout d’an, et par l’aumône de six cartes mixture distribuables, devant la porte de sa maison, en pain cuit aux pauvres de la paroisse de Saint-Félix, pour la rémission de ses péchés. Il légua à sa seconde épouse Delphine Nougarède, six brebis et une chèvre en plus de la donation de la moitié de ses biens présents et à venir faite dans leur contrat de mariage. Et après avoir légué la traditionnelle somme de cinq sous à partager entre tous ses autres parents qui pourraient prétendre sur ses biens, il nomma son héritière universelle et générale sa fille unique Anne, à charge pour elle de rendre à sa belle-mère la somme de trois cents livres que cette dernière apporta en dot lors de son mariage avec le testateur.

         La maladie fut fatale au gentilhomme qui décéda peu après. Son corps fut porté et inhumé dans le cimetière de Saint-Félix qui se trouvait alors près de l’église, dans l’enceinte de la ville. Le premier jour du mois suivant, Vincent Amouy, sieur de La Grave et demoiselle Anne de la Roque, convoquèrent maître Roustan, notaire de Versols pour annuler le contrat de mariage rédigé en 1656 (6). Chacune des parties pouvait désormais s’engager librement dans un autre mariage.

 

à suivre ...

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 15:51

Les origines

         Vincent Amouy vit le jour le 23 juin 1635 dans le village de Marcillac en Saintonge, dans le diocèse de Bordeaux, et fut baptisé le 1er juillet suivant dans l’église paroissiale (1). Il était fils de Noty Amouy, écuyer, sieur de La Grave et de demoiselle Marie Rousé. Son parrain maître Vincent David, procureur du Roi, lui donna son prénom. C’était le troisième enfant d’une fratrie de sept dont cinq garçons. Son père mourut alors qu’il n’avait pas huit ans.

 

L’accueil chez un gentilhomme verrier de Saint-Félix-de-Sorgues

         Il dut quitter assez tôt la maison familiale et apprendre un métier pour vivre indépendant. Le métier de verrier était l’un des rares que pouvait exercer un gentilhomme sans déroger dans le royaume de France. La région de Bazas était alors un centre verrier important. Peut-être était-ce là qu’il fit son long apprentissage chez quelques parents de son père. Quoiqu’il en soit, il était qualifié de gentilhomme verrier lorsqu’il se lia d’amitié avec noble Pierre de la Roque, aussi gentilhomme verrier, dans les premières années du milieu du 17e siècle, au pays de Rouergue.

         Pierre était le descendant d’une vieille famille noble d’origine languedocienne dont l’aïeul Claude de la Roque, et Denis frère de ce dernier, s’étaient fixé par mariage vers le milieu du 16e siècle dans la baronnie de Montpaon, aux confins du Rouergue et du Languedoc. Plus âgé que Vincent, Pierre avait une fille prénommée Anne, dont la mère était décédée depuis plusieurs années. Né dans une famille exclusivement catholique, Pierre avait pourtant épousé en secondes noces, en 1647, Delphine Nougarède, fille d’un marchand protestant de Saint-Maurice-de-Sorgues (Fondamente) (2). Sa fréquentation des frères Jean et Pierre de Breton, gentilshommes verriers protestants, suffirait à expliquer ce mariage mixte.

         Vincent Amouy, qui se présentait volontiers sous le nom de sieur de La Grave, titre qu’arborait son défunt père, travaillait aux côtés de son ami et protecteur Pierre de la Roque dans les verreries de la famille de Breton, à savoir celles de Tronas, du Mas de Gély ou de Saint-Félix. Pierre vivait avec sa fille et sa seconde épouse dans une maison de Saint-Félix-de-Sorgues. Il est fort possible qu’il hébergeât aussi le jeune Vincent. Pendant la saison de travail, appelée campagne, qui courait du 1er octobre au 31 mai, tous les verriers étaient logés à la verrerie, soit dans une maison voisine avec leur famille, soit au sein même de la verrerie ou de ses annexes pour les célibataires.

          Tous deux étaient cadets de famille et avaient dû quitter leur maison natale pour travailler de leur art, chez des confrères plus fortunés qui possédaient leur propre four. Celui-ci était érigé au centre d’un bâtiment appelé verrière et comportait généralement de quatre à six ouvreaux suivant les moyens financiers et les ressources locales en bois. Chaque ouvreau correspondait à une place occupée par un gentilhomme verrier, parfois assisté d’un garçon apprenti. Le maître de la verrerie recrutait les gentilshommes libres de tout engagement. Trois possibilités de contrat s’offrait à lui : l’embauche d’un salarié, la location de places ou encore l’association à parts égales. Notez que plusieurs types de contrat pouvaient coexister au sein d’une même verrerie.

 

à suivre...

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 11:01

Bibliographie (non exhaustive) des « verriers du Languedoc » :


Tristan BUSSER, Les gentilshommes verriers de Haute-Auvergne, 2007.


Tristan BUSSER, Les verreries au bois du Quercy, 2005.


Arthur de CAZENOVE dit SAINT-QUIRIN, Les verriers du Languedoc, 1290-1790, réédition de 1985.


Robert DUPUY, Les verreries forestières et les gentilshommes verriers de l’Aude, 2004.


Raymond GRANIER, Verreries et verriers du Rouergue, in Bulletin de la Société des amis de Villefranche et du Bas-Rouergue, 1979.


Dominique GUIBERT, Les Breton, gentilshommes verriers en Rouergue 1600-1750, à paraître dans les Etudes Aveyronnaises.


Francis RIOLS de FONCLARE, Les verreries forestières de Moussans (1450-1890), 1925.


Elisée de ROBERT-GARILS, Monographie d’une famille et d’un village : la famille de Robert et les gentilshommes verriers de Gabre, 1899.


Remerciements :


Je tiens à remercier tous ceux qui m’apportent leur aide occasionnelle à l’identification de verriers itinérants, souvent nés hors du Rouergue, ainsi qu’à ceux qui m’ont communiqué des informations sur l’emplacement de fours de verriers.


A défaut de nommer et oublier les personnes, je remercie particulièrement les membres des listes Yahoo dont les liens suivent :


·         http://fr.groups.yahoo.com/group/gentilhommes_verriers/


·         http://fr.groups.yahoo.com/group/genverre/

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 09:22

Avertissement : toute reproduction partielle ou complète de cet article à des fins de publication, par quelque moyen que ce soit, presse ou internet, est soumise à l’autorisation de l’auteur.


Les verriers du Languedoc se réunirent périodiquement à Sommières dès le début du XVIIème siècle : la première assemblée générale connue date de 1657. Saint-Quirin nous en donne la liste dans son livre :


« Assemblés sçavoir noble Antoine de la Roque sieur de Boisset, syndic des verriers, noble Jérosme de la Roque sieur de Bouniol, des verreries de la Boissière, noble Antoine de Girard d’Agrés, noble Jean de Riols sieur du Causse, noble Louis de Cailhat (Queylat), vieux de la maison de Jourgat, noble Abel de Roubert sieur de Combesignères, noble Pierre de Roubert sieur de la Plane, noble Pierre de Roubert sieur de la Saigne, noble Nathanaël de Roubert sieur de Cantalauze, noble François de Girard sieur de la Croix, noble Pierre de la Roque sieur de Moussillergues, autre Pierre de la Roque sieur de la Jonquière (La Boissière), noble Pierre de Castelviel de la maison de Cazilhac (Ganges), noble Bastien de Girard sieur du Lac, noble Antoine de la Roque sieur de la Combe, nobles Pierre et Antoine de Girard, cousins du lieu de Sérignac, noble Bastien de la Roque sieur de la Rauquette (sic) ; lesquels sieurs de Riols, du Causse, de Roubert, de Combesignères, de Robert de Boscapel, de Riols de Boissonnade, de Roubert de la Plane, de Robert de la Saigne, de Robert de Cantalauze faisant tant en leur nom propre que comme députés par noble Samuel de Roubert, sieur de la Grave, Paul et Charles de Roubert, frères, Abel de Granier sieur de la Berte, François et Germain de Suer (sic) sieurs de la Serre, Abel de Colomb, Philémon de Roubert, Jean de Grenier sieur de Raisin, et Louis de Riols frères, Charles de Roubert sieur de la Roque, François de Roubert sieur de Lautier, Pierre de la Roque sieur du Clos, Jean de Riols sieur de Roquebel, Jacques de la Roque sieur du Bois, Paul de Grenier sieur de Verni, Antoine de Grenier sieur du Terme, Jean de la Roque sieur de Lalose, David de Grenier sieur de Moux, François de la Roque, François de Robert sieur de Gault, Abel de Robert sieur de la Serre, Jacques de Robert sieur de la Roque, Pierre de Robert sieur de Rabazette, Jacques de Robert sieur de Fraissinet, Samuel de Riols sieur des Plos, Armand de Grenier sieur de Coustau et David de Grenier sieur de Ribes suivant procuration retenue par Louis Palazzi, notaire de la Bastide Rouairoux et aussi comme procureur des verriers de la Comté de Foix, suivant la lettre signée par Montauriol pour tous, à eux adressée et ledit Antoine de Girard comme procureur de noble Antoine d’Aigalliers, maître de la verrerie de Ferreyrols (acte reçu par maître Clauze, notaire de Fons) et de noble Claude de Girard d’Olivier, son frère, suivant procuration à luy faite par noble Jean le Breton, verrier des verrières de Saint Félix et Montagnol en Rouergue ; et de même comme ayant charge de noble Jean de Bertin, maître de la verrerie de Carbonnière (Mélagues) en Rouergue. Tous les sus dits gentilshommes verriers supplient ledit marquis de Castries, leur juge et conservateur né de leurs privilèges, de permettre une nouvelle création d’un syndic et quatre procureurs, ainsin qu’il a été de tout temps faict, ayant été discontinué depuis quelques temps à cause des guerres, troubles et maladies contagieuses survenues dans la présente province et comté de Foix. »

Deux remarques s’imposent. Premièrement, les verriers cités sont tous des diocèses de Montpellier (Ganges et La Boissière), de Saint-Pons (Moussans) et du comté de Foix et Couserans. Deuxièmement les verriers rouergats représentés à cette assemblée sont uniquement les Breton et Bertin qui exerçaient la verrerie dans la partie méridionale du Rouergue et limitrophe du Languedoc. Aucune des familles verrières des gorges du Viaur n’est citée. Plus curieux encore les La Roque d’Arbousse ne sont pas cités alors qu’ils œuvrent dans le même périmètre que les deux seules familles représentées.

 

Etats du Languedoc

 

Etats du Languedoc


Nous passons directement à l’assemblée générale qui eut lieu en octobre 1753 à Sommières devant très haut et très puissant seigneur François Raymond Joseph de Narbonne-Pelet, qui nous permet de connaître les noms des verriers présents ou ayant donné procuration. Pour le Rouergue figuraient seulement « noble François de la Roque garde du corps de S. M., faisant pour noble François-Joachim de la Roque, son frère, tous deux enfans de noble Louis de la Roque, maître de la verrerie du Pas de Ceilhes, diocèse de Vabres ».


Là aussi, deux commentaires sont à faire. Le premier concerne ces La Roque dont nous ignorons l’origine. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne sont pas de la branche de ceux du mas d’Arbousse, bien que tout proche du Pas de Ceilhes, dans la commune de Fondamente. Le second est une fois de plus notre étonnement devant l’absence complète de toutes les familles de verriers des gorges du Viaur, pourtant encore nombreux à s’activer autour des ouvreaux de leurs fours. Il n’est pas possible qu’ils n’aient pas été assigné à comparaître à Sommières pour cette assemblée générale qui fut la dernière de l’histoire des verriers du Languedoc, d’autant que, nous l’avons déjà signalé, trois d’entre eux furent condamnés en 1732 pour infraction aux règlements de 1718.


Que faut-il penser de ces absences répétées des gentilshommes verriers du Rouergue aux assemblées de leur corps professionnel ? S’agit-il d’une lacune dans les sources d’archives que Saint-Quirin a consultées ou bien véritablement d’un désaccord profond entre les règlements édictés à Sommières et les verriers du Rouergue central et septentrional ? La dernière hypothèse pourrait s’expliquer par le cas mis en évidence par Tristan Busser chez les verriers des gorges de la Cère où la réduction du temps annuel de travail avait soulevé l’opposition d’une partie d’entre eux. A leur décharge, il faut dire que les bois qu’ils coupaient étaient loin des villes et que cela ne menaçait pas de pénurie en bois les populations urbaines du Rouergue et de la Haute-Auvergne.

 

Une récente découverte dans les archives départementales de l’Aveyron me permet de répondre à l’interrogation ci-dessus. Le 25 octobre 1753, maître Rollendes, notaire de Lédergues en Rouergue, reçut une délégation de onze gentilshommes verriers travaillant dans les verreries du secteur du Viaur. Dix d’entre eux donnèrent procuration à noble Jacques de Renaud sieur de Fenoulet, maître de la verrerie de Laubigue (commune actuelle de Rullac-Saint-Cirq) afin de présenter leurs titres de noblesse devant monseigneur de Pelet de Narbonne, gouverneur de Sommières, ce sont : noble Jean de Bertin sieur de Magary, noble Pierre de Robert sieur de Lascaves, noble Jean François de Robert, neveu du précédent, noble Jean Doutre de Montpezat, noble Pierre Jean de Bournhol sieur de Brieune, noble Jean de Bournhol sieur de Fonbonne, noble Antoine de Bournhol sieur de Brieune, frère du précédent, noble Jean de Riols, noble Jean de Bertin et noble Etienne de Bertin. Les trois derniers cités sont dits de la verrerie de Trescos (commune de Rullac-Saint-Cirq).

 

En fait, Saint-Quirin mentionne bien la présence de Jacques de Renaud à Sommières en 1753, mais sous le nom de Renaud de Noguiès. Pourquoi ce nom ? D'une part le prénom a été omis et d'autre part Noguiès, aujourd'hui Noyès dans la commune aveyronnaise de Camboulazet, était le village natal de noble Antoine de Bournhol, beau-père de Jacques.

 

Pour en revenir à la liste ci-dessus des verriers du Rouergue, on regrettera de ne pas avoir accès aux actes originaux malhereusement perdus. Aussi les mentions de leur lieu de résidence ou de travail sont rares. Seules deux verreries sont citées, alors qu'en 1780 Calmels de la Bessière écrivait à Jean-François-Henry de Richeprey qu'il y avoit anciennement dans le Rouergue trois ou quatre verreries ambulantes. [...] Pendant longtemps il y a eu de ces établissements à Centrès, à Tayac, à Noyers près de Camboulazet, dans la paroisse de Saint-Just. [...] Les débris de ces malhereux verriers ont été se réfugier près de la Selve, dans un village qu'on appelle l'Aubigo (Laubigue, commune de Rullac-Saint-Cirq) ; ils sont au nombre de quatre.

 

© Dominique Guibert 2011

 

 

 

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