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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 11:53

Avertissement : toute reproduction partielle ou complète de cet article à des fins de publication, par quelque moyen que ce soit, presse ou internet, est soumise à l’autorisation de l’auteur.

 

L’intérêt de ce texte (voir l’article précédent) est de le confronter à ce que nous connaissons de la vie des gentilshommes verriers rouergats. En ce qui concerne les obligations généalogiques, il semblerait qu’il n’y ait jamais eu d’infractions dans les familles nobles exerçant la profession de verrier.


Cependant, nous ne pouvons pas nous prononcer sur ceux qui, originaires d’autres provinces vinrent travailler dans les verreries du Rouergue. Ainsi pour la famille Persy, de Monflanquin, et la famille Duverny, de Nozeyrolles en Gévaudan, il n’est pas certain que leurs ancêtres furent verriers et nous ignorons comment ils s’agrégèrent à la noblesse verrière. Il est vrai que déjà dans la première moitié du XVIIIème siècle, certains verriers s’affranchirent des règlements de Sommières.


 

SommieresICL

 

Ville de Sommières (Gard)


En revanche, une plainte a été instruite en octobre 1731 contre trois verriers rouergats : noble Jean de Bertin sieur del Bosc, noble Antoine de Bournhol sieur du Claux et son fils  (Pierre Jean) pour d’une part « s'estre ingéréz mal à propos de faire travailler de domestiques à la profession noble de l'art et science de verrerie au mépris de la déclaration du Roy et des délibérations sur ce prises devant nos prédécesseurs » et d’autre part s’être « ingéréz eux mêmes à travailler plusieurs mois plutost ou plus tart qu'il n'est porté par la délibération prise à la convocation de l'assemblée tenue devant nostre prédécesseur du 2e septembre 1718 ». L’affaire fut plaidée à Sorrèze (Tarn) en janvier 1732 devant « Pons de Rocozel, chevalier de l'ordre royal et militaire de St Louis, maréchal de camp des armées du Roy, commendant pour sa Majesté dans les diocèzes de Lavaur et Castres, capitaine viguier, et gouverneur de la ville et château et viguerie de Sommières, et en cette qualité juge et conservateur des estatuts et privilèges de Mrs les gentilsommes exercent l'art et science de verrerie dans le haut et bas Languedoc, haute guiene, comté de Foix et entier ressort du parlement de Toulouse, et commisaire général nay, seul vérificateur de leurs titres de noblesse » à la demande de noble Antoine de Granier sieur de Lassaigne, syndic du département de Grésigne, auquel le Rouergue était rattaché. Ils furent tous trois condamnés individuellement. Etaient-ils pour autant chacun maître d’une verrerie ? C’est peu probable. Bournhol père et fils étaient probablement associés, tandis que Bertin pouvait soit diriger sa propre verrerie soit être associé aux précédents.

 


 

Bertin

 

Blason des Bertin


En ce qui concerne la libre circulation des marchandises de verre et des matières premières, nous n’avons aucune information à ce sujet. Par contre, nos verriers payaient la taille qui en Rouergue comme en Languedoc était réelle et non personnelle. Nous en possédons plusieurs preuves. D’une part les biens des gentilshommes verriers figuraient toujours sur les compoix des communautés auxquelles ils appartenaient et d’autre part, leurs noms et leurs cotisations sont enregistrés sur les rares rôles de tailles conservés.


La charge de 1445 n’exemptait pas les gentilshommes verriers du service des armes pour le Roi. Qu’en était-il dans la réalité historique en Rouergue ? Les témoignages sont rares pour les périodes anciennes. Cependant, nous avons connaissance de deux cas au XVIIème siècle. Premièrement, en 1652, à Montagnol, noble Jean de Breton prit la précaution de prolonger le délai de la coupe de bois dont il venait de faire l’acquisition, en cas de guerre, sous-entendu au cas où il dut partir à la guerre. Le second exemple est celui de noble Jean de Filiquier, sieur del Cassan, habitant de Bahut (Laguiole), dont la veuve, Anne Rigal, déclara en 1663, qu’il était décédé à l’armée.


Au siècle suivant, les mentions sont aussi rares mais il semblerait que certains cadets de famille choisirent le métier des armes en raison des difficultés croissantes à exercer librement celui de leurs aïeux.


Quant à la justice, la prétention de Sommières a juger en première instance de toutes les affaires impliquant les verriers et leur famille est excessive. Toutes les mentions relatives à des procès concernaient toujours les juridictions locales : juges ordinaires ou sénéchal de Rouergue et plus rarement le parlement de Toulouse.


Les privilèges accordés aux verriers en 1445 furent maintes fois confirmés par les successeurs de Charles VII : Louis XI, François Ier, Charles IX et Henri IV. Cependant, ils furent largement contrariés par l’administration des Eaux et Forêts de plus en plus puissante et inflexible surtout en Bas Languedoc. Nos verriers du Rouergue ne furent pas inquiétés par celle-ci, peut-être parce qu’ils ne s’attaquèrent jamais à une forêt royale, mais presque exclusivement à de modestes bois appartement à des particuliers, paysans souvent, nobles quelques fois. Rares étaient les verriers qui étaient propriétaires de bois suffisants.

 

© Dominique Guibert 2011

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:48

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Nous l’avons déjà signalé, les verriers du Rouergue dépendaient de l’institution des verriers du Languedoc dont le siège était à Sommières, aujourd’hui dans le département du Gard. Mais pourquoi Sommières ? Si l’on consulte La carte générale de la province de Languedoc, levée en 1781, force est de constater que Sommières occupe malgré tout une position centrale dans cet espace qui s’étend du Comminges, Couserans et Comté de Foix, au sud-ouest au Vivarais, au nord-est de la Province. Celle-ci était alors limitée à l’est par la Provence, le Comtat Venaissin et le Dauphiné, le Rhône formant à peu près la séparation naturelle. Le Languedoc était bordé à l’ouest par la Bigorre, le Nébouzan et l’Armagnac ; au nord par le Quercy, le Rouergue et l’Auvergne.


 

  Carte-Languedoc

 

Carte du Languedoc


Ce n’est que plus tard, peut-être à la fin du XVIème siècle que la « juridiction verrière » de Sommières sera étendue vers l’ouest avec le Bazadais, l’Agenais et le nord-ouest avec le Quercy, le Rouergue et même, au moins pour un temps, la Haute-Auvergne.


 

Carte des cinq départements verriers

 

Extrait du livre Les verriers du Languedoc 1290-1790, de Saint-Quirin


Voici à présent le fameux texte tel qu’il fut retranscrit par Elisée de Robert-Garils dans sa monographie : La famille de Robert et les gentilshommes verriers de Gabre, Toulouse, 1899. 

                « Privilèges octroyés par le Roy de France aux gentilshommes verriers du pays du Languedoc et par Sa Majesté confirmés, leus et publiés, en jugement par devant M. Jean de La Roche, lieutenant de messire Pierre de Roquebletry, chevalier et conseiller du roi, son capitaine viguier de la ville et viguerie de Sommières, juge et conservateur de ces privilèges, l’an mil quatre cens quarante cinq, régnant Charles septième, Roy de France :

            Premièrement, que nul ne doit ni exhiber, le dit art de verrier s’il n’est noble et procréé de noble génération et de généalogie de verriers.

            Item est si lesdicts verriers ont ou auront filhes légitimes, mariées ou à marier ou au temps advenir que les fils desdites filhes pourront exercer le dit art de verrier, pourvu que le père soit noble et de noble génération.

            Item que nul bastard de quelque génération qu’il soit ne sera admis, n’y exercer ledit art.

            Item que nul maistre de four de verrerie ny autre, ne peult et ne doit monstrer ledit art à personne qui ne soit procréé de noble et ancienne génération et qu’il n’est justifié de noblesse par devant le viguier dudit Sommières, commissaire et conservateur des privilèges de toute la sénéchaussée de Beaucaire et Nîmes et pays de Languedoc et prins, par devant le dit conservateur le serement (serment) et exercer ledit art, de justifier leur noblesse dans deux mois et ceux qui sont habitans hors de ladite sénéchaussée, en ont autre terme de quatre mois.

            Item que le verre ouvré ou non ouvré en quelque fascon (façon) ou quelque personne que soit vendu, est franc et quitte de toutes entrées et salies (sorties) du Royaume « rues », péages et autres subsides quelconques sans rien résonner de bouche ni autrement.

            Item aussi lesdits nobles verriers tous et chacuns leurs biens, sont francs et quittes de toutes talhes, leudes, poulvérages, impôts, courratages et roucis, entrées et salies du royaume et toutes autres subsides quand il y a achapt ou vande (vente) soit bétail, bled (blé), ou autre fruict ou revenu pourvu que ce soit de leur propre cru.

            Item, et pour ce que lesdits maistres de four de verrier dans lesdites sénéchaussées pour chacun four est tenu bailler et paier chacun en la nativité de saint Jean-Baptiste de rante annuelle au Roy, nostre dict Seigneur, quarante sols tournois quand ils besoignent ou quand ils ne besoignent, ledit Seigneur ny prendra aucune chose, et afin que nul verrier hors du royaume ne puisse ne doive porter ny admettre aucun ouvrage de verrier de ladite sénéchaussée de dans pays de Languedoc sur peine d’arbitraire et confiscation desdits ouvrages à la cognaissance dudit conservateur.

            Item, est nonobstant lesdits quarante sols tournois que les dits maistres de four et chacun ayant seigneur pour chacun four toutefois quand ledit seigneur les commande ou fait mander pour ses affaires, yceux nobles verriers sont tenus selon leur faculté de eux mettre sus en armes et en poinct ; et si les principaux maistres des dits fours, ne pourront aller au dit service, sont tenus mettre ou envoyer personne noble et suffisante, monté et habillé en telle forme qu’icelluy mettrait si il serait tenu aller au service.

            Item que lesdits verriers de ladite sénéchaussée, leurs femmes, enfants  ou famille pour quelque chose que soict, civile ou criminelle, ne sont tenus de répondre devant le juge d’église ny séculier, sinon que par devant ledit viguier de Sommières leur […] et […] conservateur auquel, sans autre, en appartient la première cognaissance.

            Item sont les dits nobles maistres de four et autres verriers, leurs femmes, enfants, famille et biens meubles et immeubles en protection et sauvegarde du dit Seigneur ; et s’il advenait que dommage fut fait ou donné à la personne desdits verriers, femme, enfants, famille ou possession d’iceux, pour les peines qui pourraient estre encourues et intérêts des parties seront tenus iceux malfaiteurs en répondre au procureur dudit Seigneur, et en partie par devant ledit conservateur.

            Item quand lesdits maistres de four et verriers ont besoin de sable, terre ou bois pour l’exercice de leurs fours que en payant les dits sables, terres et bois à l’estime à celui à qui appartiendra, ils en peuvent avoir sans contredit.

            Item et pour ce qu’il y a aulquns maistres de four, qui au temps passé avaient avec eulx […] en leurs ouvrages aulqunes personnes nobles ou non nobles ny de génération de noblesse ny de nobles verriers usant le dit art, soict prohibé et défendu auxdits maistres qu’ils ne prendront en leur compagnie quelconque s’il n’est verrier et de propre génération de verriers sous peine de vingt cinq marcs d’argent appliqués au Roy notre Seigneur.

            Item et quand aulqun maistre de four ou verrier est trépassé, la femme veuve, enfants et famille du mort se doit jouir et user du privilège ainsi que si le trépassé estait en vie jusques à ce que les enfants soient et ayent âge légitime.

            Item pour ce que aulcuns à la grande déception et domage de la chose publique font la soude de quoi se font les verres et mettent et meslent en icelle soude, aulcunes choses comme sont herbes nommées blaquettes, vaulcaires et autres grandes […] que toutefois ladite soude sera trouvé fraudée et falsifiées, que ceux qui auraient fait ladite falsification seront tenus de répondre au procureur dudit seigneur […] et ladite partie par devant ledit conservateur, et sera confisquée ladite sourde.

            Item, et pour ce que lesdits nobles ont aulcunes fois nécessité de eulx adjouter pour tenir leurs conseilhs en autorité de leur conservateur dudit Sommières qui est juge royal et tant pour la réception des nouveaux verriers quand ils veulent prendre le serement que aussi ont fait leurs prédécesseurs et aussi à faire les actes, procés, et autres affaires quand ils en ont besoing, par devant le conservateur ou son lieutenant est nécessaire auxdits verriers avoir un notaire au dit Sommières dont aucune fois un estranger ou vagabond escrit et après s’en vont avec leurs écritures et documents, autrefois quelque notaire ignorant de qui par son ignorance iceux suppliants ou leurs successeurs et autres en pourraient avoir grands intérêts et dommages ; qu’il plaise au dit seigneur que les procureurs desdits verriers qui sont et seront au temps advenir, puissent élire un notaire royal au dit Sommières, qui soit personne d’honneste condition lequel sans autre ait pouvoir d’écrire et registrer comme dict est tous les actes et les affaires desdits suppliants et pour enregistrer les nouveaux qui seront remis et que leur sera nécessaire par devant ledit conservateur ou son lieutenant et ailleurs, quand nécessité en auront. 

Extrait tiré sur autre expédié faict sur original exibé et retiré, collationné par moy, notaire royal de Montpellier, ce 21 avril 1656. Marye, ainsi signé. » 

 

© Dominique Guibert 2011


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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 13:08

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Dans cette seconde partie de la revue des verriers venus travailler temporairement en Rouergue, nous ne considèreront que la région des gorges du Viaur. En effet, pour la région septentrionale de la province nous n’avons à ce jour aucune information de ce type.

 

Les premiers gentilshommes rencontrés dans ce secteur sont d’une part noble Louis de Castelviel, originaire de Ganges, dans le diocèse de Montpellier et noble Jean Lafage, témoins en 1636 dans un instrument qui concernait noble Antoine Bournhol, gentilhomme verrier du Piboul (commune de Sainte-Juliette). Ils habitaient alors au village de Canitrot, ce qui laisse supposer qu’il y avait une verrerie près de cet endroit.

 

Gentilhomme verrier au travail 

 

Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

 

Il faut attendre le 18ème siècle pour trouver trace de l’arrivée de verriers nouveaux venus dans les verreries du Viaur autour du village de Tayac (commune de Centrès).

 

Tout d’abord, noble Pierre Colomb sieur de Laprade, est signalé en 1723. Il viendrait du Quercy, d’après Tristan Busser, où il se serait ensuite établit en épousant vers 1730 Marguerite de Janols. En 1739, François de Colomb sieur de la Forest, résidait à Tayac depuis environ 1731. Il signait la fore et disait être originaire de la paroisse de Saint-Etienne en Agenais (peut-être Saint-Etienne-de-Villeréal dans le Lot-et-Garonne). C’est lui que nous avons retrouvé dans le sud du Rouergue en 1744.

 

Four de Rauzet

 

Four de la forêt de Rauzet (Auriac-Lagast)

 

Suite à son mariage en 1729 avec demoiselle Thérèse de Bournhol, noble Jacques de Renaud dont le père était verrier en lisière de la forête de Grésigne, entraina dans son sillage la venue dans les gorges du Viaur de parents ou confrères. Ainsi, Bernard Etienne de Robert, gentilhomme verrier, fut parrain en 1736 d’un de leur garçon. Il faut dire qu’il était oncle de Jacques par alliance. Etaient aussi présents les gentilshommes verriers Jean d’Outre de Montpezat et François de Robert. Avaient-ils fait le voyage simplement pour la cérémonie de baptême ou bien étaient-ils là pour la campagne en cours ? Nous retiendrons plutôt la seconde hypothèse. Quoiqu’il en soit Jean de Montpezat  était de retour chez lui à Villeneuve sur Tarn (Curvalle, Tarn) en juin 1736 pour le baptême de son fils. François de Robert pourait bien être Jean François de Robert, sieur de Talibert et donc le frère de Bernard Etienne, tous deux natifs des Verreries de Moussans.

 

En 1739, plusieurs gentilshommes verriers furent témoins dans des actes notariés qui concernaient Jacques de Renaud : nobles Jean de Granier (signature grenier), de Fourtou au diocèse de Narbonne, Louis de Latour (signature LatouR), d’Arques au diocèse d’Alet, Pierre de Colon sieur Delsuc. Jean de Granier de Fourtou pourrait être Jean de Grenier, sieur de la Roquette, qui épousa Jeanne de Robert de la Teilhette, le 10.9.1738 à Sougraigne (d’après Robert DUPUY, Les verreries forestières et les gentilshommes verriers de l’Aude, 2003). D’après la même source, le sieur Louis de Latour serait en fait Louis de Robert sieur de Latour, né à Arques le 1er avril 1713. Il serait donc beau-frère de Jean de Grenier ci-dessus. Enfin Pierre de Colon sieur Delsuc était originaire de Lamativie en Quercy, probablement fils d’autre Pierre Colon et de Toinette Alayrangues.

 

En 1740, trois frères Riols, originaire de la verrerie de Gourgne (commune de Sauveterre, Tarn), travaillaient dans les mêmes verreries des environs de Tayac : Etienne sieur du Crouzet, Paul sieur des Plos et Jean qui se fixa à Taurines en 1748 par son mariage avec Françoise Rech. Noble Jean Paul de Robert dit Latour fut parrain en 1755 du fils de noble Jean de Riols, verrier de Taurines (commune de Centrès).

 

 

Verriers au travail

 

De re metallica, Agricola, 1556

 

Trois verriers étrangers au Rouergue assistèrent dans l’église Saint-Cyirice de la Raffinie (Rullac-Saint-Cirq), en 1752, au mariage d’Etienne de Bertin sieur de la Combe : nobles Antoine de la Serre, de Penne en Albigeois et les frères Etienne de Persy et Pierre de Persy, sieur de Latude, de Monflanquin en Agenais. Etienne de Persy était déjà présent à Tayac en 1743 lors du mariage de Jean de Bertin, frère du précédent, avec Charlotte de Bournhol. Quant à Pierre de Persy, nous avons vu dans le précédent article, qu’il était à la verrerie du Pas de Ceilhes en 1751. Pour Antoine de la Serre, l’identification nous est donnée par sa présence en 1756 au baptême d’Etienne Ignace de Bertin, fils du sieur de la Combe : Antoine de Berbisier (sic) qui signait Lasserre.

 

Enfin pendant la décennie 1770-1780, l’activité verrière de la famille Bournhol semble s’être recentrée dans la paroisse de Camboulazet dont le village de Nouguiès (aujourd’hui Noyés) où noble Jacques de Robert décéda le 27 janvier 1772, fut le domaine des Bournhol pendant plus de 130 ans. Monsieur Jean Condamine, en fait Jean Colomb de la Condamine fut présent à la sépulture.

 

Verrerie de Combenègre

 

Verrerie de Combenègre (Centrès)

 

 

© Dominique Guibert 2011

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 10:12

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Nous avons vu dans le précédent article que la plupart de nos gentilshommes verriers installés en Rouergue étaient originaires des provinces limitrophes, Languedoc et Quercy ou plus éloignés Agenais, Comtat venaissain.

 

Mais de nombreux autres verriers sont venus travailler dans les verreries méridionales du Rouergue, souvent venus de ces mêmes provinces du Midi. A la différence des premiers, ils ne s’y sont pas établis à demeure. On les rencontre au hasard des archives, mais beaucoup resterons anonymes faute de traces laissées dans ces vieux documents.

 

Le premier mentionné est Brenguier de Coursac (Courssa dans le texte), en 1636,  gentilhomme verrier de la verrerie de la Devèze (Tauriac-de-Camarès) appartenant alors à François de Bertin. Brenguier, jeune verrier, était venu compléter sa formation loin de chez lui. En 1639, il épousa Jeanne Verdier, fille d’un marchand de Montpellier. Il était natif de Carnas, dans le diocèse de Nîmes, à quelques lieues de Sommières.

 

En 1643, Jean de Coulon, gentilhomme verrier, fait cession à son frère Charles de Coulon, habitant de Béziers, de la somme de neuf livres que leur autre frère Fulcrand lui doit pour vente de poure (sic, porron ou pourrou). Seul Charles appose sa signature en bas de l’acte passé à Saint-Félix-de-Sorgues, sous la graphie C Couloun.

 

Problement le même noble Jean de Colon est verrier à la Plane, paroisse et commune du Clapier, en 1644.

Lors du mariage de noble Jean de Breton, gentilhomme verrier du Mas de Gély, juridiction de Saint-Félix-de-Sorgues, avec demoiselle Fleur (ou Flours, Flore) Déalgis, fut témoin Jean Colom, cadet verrier. On notera qu’aucun des deux verriers ne savait signer.

Nous ignorons, pour l’instant, l’origine précise de ces Colon.

 

Dans les années 1666-1668, nous trouvons Antoine et Pierre de Girard, gentilshommes verriers, originaires de Montels (ou Monteils), dans le diocèse d’Uzès, travaillant à la verrerie du Mas d’Arbousse (Fondamente), dirigée par la famille de la Roque.

 

Au siècle suivant, Jean de Berbigier, sieur de Vergié, natif de Fourtou, avait épousé en 1712 et en premières noces Antoinette de Bertin, fille de Claude, sieur du Peyrou, gentilhomme verrier, des verreries de Moussans. Veuf, il se remaria en 1718 avec demoiselle Elisabeth de Maurel, native d’Anglès (Tarn). En décembre 1721, elle accoucha d’une fille qui fut baptisée dans l’église de Brusque. Jean travaillait alors à la verrerie de Soubras, de la paroisse susdite aux côtés des nobles verriers Antoine de Bertin, sieur de Fonrouge, Isaac de Breton, sieur de Cambias, citoyen de Brusque. Il est encore présent à Brusque en mars 1724.

 

En 1733, noble Jean Alexandre de Robert, en réalité Jean Alexandre de Doutre, sieur de la Saigne (signe Lasaigne), habitant de Lacaune, fut témoin à Camarès lors d’une transaction entre Isaac de Breton, sieur de Cambias, et sa belle-famille. On ignore s’il était aussi verrier. 

 

François Boyer, fermier général de la baronnie de Montpaon (Fondamente) créa en 1743 une société avec noble Jean François de la Roque, sieur d’Arbousse (au mépris des règlements de Sommières qui interdisent l’association de verrier avec un roturier). La verrerie fut installée à Sermet, propriété du sieur Boyer. Les associés recrutèrent plusieurs verriers étrangers au Rouergue pour la plupart. Ainsi furent engagés pour la campagne commençant le premier octobre 1744 : nobles Louis Duverny Nozerolles, sieur du Chambon, son frère Laurent Duverny, sieur de la Védrine, François de Robert, sieur de Bousquet, François de Coulon, sieur de Laforest, les trois frères Louis de Robert, sieur de la Tour, Guillaume de Robert, sieur de la Prade et Jean Baptiste de Robert, sieur des Plas.

 

Jean Alexandre Doutre de Montpezat, sieur de La Saigne, bourgeois de Lacaune (était-il encore verrier ?) est présent à la verrerie de Sermet en 1747-1748, en compagnie de noble François de Grenier, sieur d’Hauteserre et de noble Henry de Grenier, sieur de Comel, de la ville de Berdes (Les-Bordes-sur-Arize, Ariège) au diocèse de Rieux (sic). Ces trois gentilshommes verriers étaient de confession protestante.

François décéda le 6 janvier 1753 à Hauteserre, paroisse de Vaour (Tarn), mais le curé de la paroisse refusa de l’inhumer. François de Grenier, sieur de Bernoy, habitant de Fontblanque, adressa une supplique au juge de Penne pour obtenir l’autorisation de l’enterrer qui lui fut donnée à condition « de le faire enterrer de nuit et sans assistance d’autres personnes qui seront nécessaires pour le dit enterrement et sans aucune sérémonie (sic) ».

Quant à la mort d’Henri de Grenier, elle fut tragique. Arrêté en septembre 1761 avec ses deux frères, Jean, sieur de Sarrandon et Joachim, sieur de Lourmade, dans les environs de Caussade (Tarn-et-Garonne) alors qu’ils tentaient de secourir le pasteur François Rochette, prisonnier à Caussade, il fut jugé par le Parlement de Toulouse. Le 18 février 1762 la cour du Parlement condamne le pasteur Rochette à la pendaison, pour avoir présidé aux cultes clandestins, malgré l’interdiction royale et les trois frères de Grenier à la décapitation  (réservée aux nobles) et à la confiscation de leurs biens pour « sédition et attroupement avec port d’armes ». L’exécution eut lieu le 19 février 1762 place du Salin à Toulouse.

 

Toujours dans la même commune de Fondamente, nous avons noté la présence de messire Pierre Perssy (sic) ou Percy, sieur de Latude, à la verrerie du Pas de Ceilhes en 1751. Ce Pierre Percy est dit originaire de Veyssac dans le diocèse d’Agen. Ce qui est sûr, c’est qu’il épousa à Saint-Michel-de-Biron (Dordogne) en 1754, Marie Colom. 

 

Arthur Quirin de Cazenove dit Saint-Quirin mentionne dans Le verriers du Languedoc 1290-1790 les noms de Louis et Joachim de la Roque, père et fils, verriers du Pas de Ceilhes en 1753. Possibles lointains cousins des verriers du Mas d’Arbousse, ils sont qualifiés de La Roque d’Auvergne dans les registres notariés où Louis et François Joachim, son fils, gèrent la verrerie du Pas de Ceilhes entre 1753 et 1771, puis celle du Mas des Fons, voisine de la précédente.

 

Dans cette dernière verrerie, nous avons eu la surprise de rencontrer des ouvriers en verre de cristal, venus de loin. Deux nous sont connus grâce à la naissance et au baptême de Jean Jacques Guillaume Caton dans l'église du Clapier en 1775. Ce sont Jean Jacques Caton, né en 1738 à Fère-en-Tardenois (Aisne) et Eloy Montmorillon, né en 1740, fils d’un marchand de verres de Saint-Gobain (Aisne).  Le premier s’était marié à Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher) en 1773 avec Marie Meunier. Ils baptisèrent une fille dans l'église de Rouvignac (Avène, Hérault) en 1776. Un troisième verrier d’origine lointaine déplaça la verrerie dans la province voisine au Mas de Marquès, terre d’Avène : noble Jean de Piéton de Crisval. On sait qu’il venait de la verrerie de la Magine à Bazas où il avait épousé Jeanne Benquey en 1767. Le nom de Crisval provient de la transcription méridionale de Creutzwald dont ses ancêtres sont issus.

 

Pour finir, nous citerons une fois de plus le livre de Saint-Quirin qui évoque les messieurs de la Roque de Baumes qui font « valoir, avec les sieurs de Girard et de Castelviel, la verrerie du valat de Trévezel » sans que l’on sache si celle-ci se trouvait dans la partie gardoise ou aveyronnaise des gorges du Trévezel.

 

© Dominique Guibert 2011

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 11:27

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Les plus anciens verres fabriqués par l’homme datent d’environ 5000 ans et ont été produits par les civilisations mésopotamienne et égyptienne. C’étaient de petits objets obtenus par moulage autour d’un noyau d’argile.

 

L’invention de la canne à souffler, vers 250 avant J.-C. au Moyen-Orient, révolutionna l’utilisation de cette matière. Les romains importèrent la technique en Europe.

 

Les premiers objets de verre trouvés dans notre région proviennent essentiellement de sites archéologiques de la période gallo-romaine : essentiellement des petites fioles et menus objets à paroi très mince et colorée. Avec l’effondrement de l’Empire romain, le verre semble disparaître de la vie quotidienne.

 

A l’exception des vitraux, le verre fut quasi absent du haut Moyen-Age. Les premières verreries du midi de la France firennt leur apparition à la fin du Moyen-Age. Les verriers vénitiens découvrirent au XVe siècle le verre clair qu’ils appelèrent cristallo. Des verriers italiens émigrèrent en France où ils transmirent leur savoir.

 

L’atelier verrier de l’Aubrac (lieu-dit la Verrière, commune de Saint-Chély-d’Aubrac), qui a fait l’objet de fouilles archéologiques il y a une quinzaine d’années, a révélé une production de verre creux du XIVe siècle (1). La première mention écrite d’un verrier en Rouergue est celle de Nicolas Pierrenh, exerçant à Auzits en 1468. Au siècle suivant, les archives nous livrent les noms des premières familles connues de gentilshommes verriers qui exercèrent leur art sur notre territoire. Elles ont pour nom : Filiquier, Bournhol, Aigrefeuille, Colom ou Coulon et la Roque.

 

Aurenque

 

La Verrière d'Aurenque

 

Deux branches connues de la famille Filiquier exercèrent la verrerie : l’une présente dès 1571 à Aurenque, paroisse du Monastère-Cabrespines (commune de Coubisou), l’autre à Carcenac-Peyralès (commune de Baraqueville) et au Piboul (commune de Sainte-Juliette-sur-Viaur) aux alentours de 1590. La première cessa le travail du verre dans les dernières années du XVIIe siècle au lieu-dit la Verrière d’Aurenque (2). La seconde, originaire du comté d’Avignon, étendit ses rameaux dans les villages de Tayac et Gargaros (commune de Centrès). Le dernier verrier de cette lignée s’éteignit vers 1770.

 

 

  Filiquier

Blason des FILIQUIER

 

 

Les Bournhol (prononcez Bourniol), qui seraient venus d’Altare (Italie) se fixèrent au Piboul après avoir travaillé à la verrerie d’Aurenque dans le dernier quart du XVIe siècle. Leurs nombreux descendants s’établirent à Noyès (commune de Camboulazet), à Rayret (commune de Cassagnes-Bégonhès), à Fonbonne, à Gargaros, à Brienne (commune de Centrès) et à Comps-la-Grandville, et hors du Rouergue. Certains abandonnèrent ce métier pour celui d’avocat ou de cultivateur.

 

Bournhol

Blason des BOURNHOL

 

D’origine cévenole, les Aigrefeuille construisirent leur première verrerie, au début du XVIe siècle, dans la vallée du Trévezel, au lieu-dit la Valette, en aval de Trêves (Gard), aujourd’hui appelé la Verrière, puis une nouvelle, plus bas dans la même vallée au lieu-dit Combescure, que ses habitants nommeront Saint-Sulpice, hameau de la paroisse de Cantobre (commune de Nant). Deux frères Colom, Jean junior et Jean senior originaires de Laguépie (aujourd’hui dans le Tarn-et-Garonne), épousèrent deux filles du maître verrier du Trévezel et s’associèrent pour travailler le verre en famille. Un troisième, noble Antoine Colomb, probable frère des précédents, créa une verrerie au terroir de la Castella en 1550, dans la paroisse de Saint-Jean-de-Balmes (commune de Veyreau).

 

Plus au sud, et aux portes du Languedoc, noble Denis de la Roque, né à la verrerie de Couloubrines (commune de Ferrières-les-Verreries, Hérault), possèdait en 1544 une « chambre » dans le château du Clapier et une « verrière »  au Mas d’Arbousse (commune de Fondamente). Jean-François de Laroque, mort en 1764 dans ce mas, fut le dernier verrier de cette famille.

 

Non loin de là, noble David de Breton, venu du Minervois, s’installa dans les dernières années de ce XVIe siècle sur les terres de Montagnol, dans le Mas de Salèles, désigné depuis par le nom de la Verrière. Rare famille de verriers protestants en Rouergue, l’un de ses descendants, David de Breton, sieur des Cambous, se réfugia, suite à la révocation de l‘Edit de Nantes, dans l’état d’Utrecht (Hollande), où il dirigea une verrerie en 1688 (3).

 

Comme nous venons de le voir, à l’exception de Nicolas Pierrenh et des verriers de l’Aubrac dont les origines restent inconnues, tous les verriers rouergats semblent venir du Languedoc ou de la Provence, voire d’Italie. Implantés depuis des siècles dans ces provinces, leur grand nombre et la réduction des ressources forestières favorisèrent leur départ vers de nouveaux territoires.

 

Breton

Blason des BRETON

 

Le XVIIe siècle vit l’arrivée de nouvelles familles  de  verriers. Dans le sud, ce fut d’une part les Bertin, établis au domaine de la Devèse (commune de Tauriac-de-Camarès), propriété noble du duc d’Arpajon, baron de Brusque, et les Montolieu, à la verrerie de Carbonier (commune de Mélagues). Ces deux familles s’unirent par les mariages respectifs des frères Jean et François de Bertin avec les sœurs Isabeau et Ester de Montolieu. Parmi leurs descendants, certains restèrent dans les environs de Brusque où ils soufflèrent le verre en compagnie des Breton ou des Laroque, tandis que d’autres s’établirent dans le secteur verrier des gorges du Viaur. Dans cette dernière région, arrivèrent à cette époque noble Jean de Paupaille, verrier natif de Romestaing (Lot-et-Garonne) dans le secteur verrier du Bazadais (Gironde) et Jean Audouy, gentilhomme verrier, natif de Penne dans le département verrier de la forêt royale de Grésigne (Tarn).

 

Au XVIIIe siècle, marqué par le déclin des verreries forestières, de nouvelles familles de verriers immigrèrent en Rouergue : Jacques de Renaud qui épousa Thérèse de Bournhol en 1729 ; Pierre de Robert, sieur de Lascaves, originaire de Gaja-la-Selve (Aude), qui épousa vers 1740, Françoise André de La Selve, veuve et fille de notaire ; Jean de Riols qui s’établit à Taurines (Centrès) par mariage en 1748 et enfin les frères Jean-Baptiste et Jean-Antoine de Robert, natifs du Quercy, venus souffler le verre à Clapiès (La Selve) dans la pénultième décennie du siècle.

 

Pour clôturer cette longue liste de verriers, signalons un dernier arrivé en Aveyron dans la première décennie du XIXe siècle : Jean-Baptiste Colomb Delsuc, descendant de cette très ancienne et noble famille verrière rouergate citée supra. Son activité signalée dans la forêt du Lagast vers 1810 marqua la fin de la verrerie au bois dans notre département.

 

Le relais fut pris par l’industrie quelques décennies plus tard par la création en 1842 d’une verrerie au charbon à Boisse-Penchot qui fabriqua exclusivement du verre à vitre jusqu’au début du XXe siècle. Mr Jean-Baptiste Roullier, ingénieur des mines, assura la fonction de directeur général de la société qui prit le nom de Compagnie des Verreries à vitre de Penchot-sur-le-Lot.

 

Boisse-Penchot

 

La verrerie industrielle de Boisse-Penchot

 

Pourquoi les anciens verriers étaient-ils nobles ? Les premiers verriers connus au Moyen-Age bénéficiaient de privilèges accordés par les Rois de France. Ainsi, la charte royale de Charles VII, datée du 20 août 1438, confirmait les privilèges octroyés par ses prédécesseurs, à l’ensemble des nobles du royaume qui exerçaient l’art de verrerie. Ils étaient exemptés de toutes taxes et impositions pour tout ce regardait la fabrication et la commercialisation du verre. Les lettres royales de 1445 de ce même souverain sont considérées comme l’acte fondateur de l’organisation de la profession de verrier du pays de Languedoc.

 

En effet, outre le rappel des privilèges fiscaux et des conditions d’attribution de ceux-ci, la charte de 1445 régissait la profession sur le plan juridique par l’énoncé d’interdits et d’obligations et soumettait les verriers et leur famille à la juridiction du viguier et gouverneur de la ville de Sommières (Gard), tant en matière civile que criminelle. Son ressort s'étendit par la suite sur cinq « départements verriers » : le département de la Haute-Guyenne, comté de Foix, comté d'Armagnac, diocèses de Comminges, Couserans, Rieux et Auch ; le département de Grésigne, comprenant l'Albigeois, le Rouergue et le Bazadais ; le département de Moussans et Fourtou, diocèses de Narbonne, Alet et Saint-Pons ; le département du Vivarais ou du Méjanais ; le département du Bas-Languedoc, diocèses de Nîmes, Uzès, Alès, Maguelone, Agde, Lodève et Béziers.

 

La première obligation concernait l’appartenance à la noblesse. Mais pour être verrier, il fallait aussi être descendant légitime de noble verrier par le père ou par l’aïeul maternel et prêter serment devant le viguier de Sommières, qui portait les titres de « juge conservateur des privilèges des sieurs gentilshommes exerçant l’art et la science de verrerie en la Province de Languedoc, Comté de Foix, Haute et Basse Guyenne et ressort de la cour de Parlement de Toulouse, et commissaire général né, vérificateur de leurs titres de noblesse ». Ils devaient aussi le service des armes pour le Roi et à défaut de se présenter eux-mêmes, se faire remplacer par une personne noble suffisamment équipée.  Chaque four en activité était soumis au paiement de 40 sols tournois à la fête de Saint-Jean-Baptiste.

 

En revanche, il leur était formellement interdit d’employer toute personne non noble ni aucun individu noble non verrier dans la fabrication du verre, de la composition du mélange vitrifiable jusqu’au soufflage et façonnage du verre. Interdiction aussi de vendre leur marchandise au détail mais seulement à des marchands et au sein même de la verrerie.

 

Les gentilshommes verriers s’assemblaient périodiquement à Sommières pour délibérer sur les règlementations à observer. Ceux qui ne pouvaient se déplacer à Sommières donnaient procuration à un autre gentilhomme verrier. Ainsi, furent élus en 1656 un syndic des verriers et quatre procureurs chargés de surveiller le respect des règlements et d’engager des poursuites judiciaires devant la cour de Sommières en cas d’infraction. Par la suite, il y eut un syndic général et un syndic particulier pour chaque département verrier.

 

Nous connaissons un jugement prononcé par le viguier de Sommières, à Sorrèze en 1732, contre les verriers rouergats Jean de Bertin, sieur du Bosc, Antoine de Bournhol, sieur du Claux et son fils pour « s'estre ingéréz mal à propos de faire travailler de domestiques à la profession noble de l'art et science de verrerie au mépris de la déclaration du Roy et des délibérations sur ce, prises devant nos prédécesseurs, s'estant ingéréz eux mêmes à travailler plusieurs mois plutost ou plus tart qu'il n'est porté par la délibération prise à la convocation de l'assemblée tenue devant nostre prédécesseur du 2e septembre 1718 ». Ils furent condamnés à payer 600 livres tournois d’amende chacun et 66 livres 7 sols 4 deniers pour les dépens.

 

Voyons à présent le fonctionnement d’une verrerie au bois à cette époque. Le choix de l’implantation dépendait principalement des ressources en matières premières : les matériaux entrant dans la composition du mélange vitrifiable et le combustible, exclusivement le bois dans l’ancienne province de Rouergue.

 

Le silicium présent dans le verre sous forme de silicates de sodium ou de potassium, provenait de silex jaspoïde et de quartz contenu dans le gneiss dans la région de l’Aubrac, du grès pour la vallée de la Sorgues et du quartz blanc (quartzite) dans les environs de Brusque et dans les gorges du Viaur.

 

Pour faciliter la fusion il fallait réduire en poudre les différents composés. Nous savons, par exemple, que noble Isaac de Breton utilisa le martinet (4) du moulin de la Vialèle pour réduire le grès en poudre. Quant au quartz, il n’était facilement broyé qu’après avoir été rendu friable en le chauffant au rouge et en le projetant ensuite dans l’eau froide.

 

Afin d’abaisser la température de fusion, les verriers utilisaient des fondants : alcalis qui provenaient de la combustion de plantes indigènes telles que la fougère ou de plantes méditerranéennes telles que la salicorne qui faisait l’objet d’un commerce. D’autres substances pouvaient être employées comme l’oxyde de manganèse qui permettait de décolorer le verre naturellement vert bleuté en raison de la présence de fer dans les roches utilisées.

 

Ajoutons à cela l’emploi de verre cassé acheté auprès des marchands verriers qui en déduisaient le prix des marchandises prises de la verrerie. Le verre cassé, aussi appelé groisil, était soigneusement trié et lavé avant d’être broyé et incorporé dans le mélange vitrifiable, appelé matière par les gentilshommes verriers.

 

La verrerie s’organisait autour de plusieurs éléments : la halle au sein de laquelle se trouvaient d’une part, le four de fusion où s’activaient les gentilshommes verriers et leurs aides, et d’autre part, le four de recuit dans lequel transitaient les pièces finies dont le refroidissement progressif assurait leur solidité avant leur entrepôt dans le magasin. Les verriers et leur famille étaient logés à proximité de la verrerie. La cuisson de la matière se faisait au préalable dans un premier four qui pouvait être à l’occasion un simple four à pain : c’était l’opération de frittage. Il en résultait une masse friable que l’on versait dans les pots ou creusets du four de fusion, lesquels étaient accessibles avec la canne à souffler par les ouvreaux, ouvertures pratiquées dans la chambre de chauffe.

 

Dans le Ségala, les premières verreries furent crées dans les villages ou hameaux situés à proximité des bois : là dans la cour d’une ferme, ailleurs dans une grange. Puis il fallut déplacer la verrerie au plus près du combustible qui commençait à se raréfier, c’est ainsi que les gentilshommes verriers installèrent leurs ateliers au fond des gorges du Viaur et de ses affluents. Ce sont ces vestiges que l’on peut voir encore aujourd’hui le long des sentiers de randonnée dans les communes de Cassagnes-Bégonhès et de Centrès. Ces modestes monuments sont fragiles et doivent être respectés. La plupart du temps il ne reste que la base des murs non maçonnés de la halle et au centre la voûte du foyer du four de fusion, ouverte de part en part à la base, avec d’un côté l’alandier, par lequel le tiseur (responsable de la chauffe du four) introduisait le bois et de l’autre le cendrier. Une troisième ouverte au sommet concentrait la chaleur dans la chambre des pots.

 

four du Mourot

 

Vestiges de four au bord du Viaur

 

L’apprentissage du métier se faisait le plus souvent en famille : le père formait lui-même ses enfants dès le plus jeune âge. Toute la famille participait à la vie de la verrerie d’une manière ou d’une autre. Mais un gentilhomme verrier ne travaillait jamais seul dans sa verrerie. Selon ses moyens, il édifiait un four de quatre à huit places, chaque place correspondant à un ouvreau, devait être occupée par un verrier. Pour les petites et moyennes structures, le maître de la verrerie pouvait soit salarier d’autres gentilshommes soit leur louer une place de son four. Les verreries à sept ou huit places étaient généralement le fait de sociétés de verriers qui partageaient les frais d’installation de la verrerie mais aussi les profits. Bien qu’interdit par les règlements de Sommières, certains verriers n’hésitèrent pas à s’associer à des roturiers à partir du XVIIIe siècle.

 

L’activité verrière fut dans certaines régions un facteur économique et social non négligeable. Ce fut le cas autour du Viaur. La vente de coupe de bois aux verriers procurait aux paysans un complément de revenu durant la saison hivernale et des générations de marchands verriers étaient issues du monde paysan. La période de fabrication du verre, nommée campagne, courait du premier octobre au 31 mai, jusqu’à sa réduction à six mois et demi au XVIIIe siècle sous la pression des intendants des Eaux et Forêts.

 

A ce jour, ce sont plus de cinquante verreries qui ont été recensées dans le département de l’Aveyron, mais toutes ne sont pas encore localisées et d’autres restent à découvrir. La répartition est la suivante : une trentaine dans le Ségala (5) et une vingtaine dans le sud du département (6). Un inventaire de ces anciennes verreries est en cours.

 

© Dominique Guibert 2011

 


(1) Les Monts d’Aubrac au Moyen Age. Genèse d’un monde agropastoral, collectif sous la direction de Laurent Fau, Paris, 2006.

(2) Verrière vient de l’ancien occitan veirièira.

(3) Les Breton, gentilshommes verriers en Rouergue de 1600 à 1750, Dominique Guibert, article à paraître dans les Etudes aveyronnaises.

(4) Gros marteau de fer actionné par un arbre à cames qui utilise l’énergie hydraulique.

(5) Communes concernées : Alrance, Arvieu, Auriac-Lagast, Barraqueville, Camboulazet, Cassagnes-Bégonhès, Castelmary, Centrès, Durenque, Flavin, La Selve, Rullac-Saint-Cirq et Sainte-Juliette-sur-Viaur.

(6) Communes concernées : Brusque, Fondamente, Le Clapier, Mélagues, Montagnol, Nant, Sylvanès et Tauriac-de-Camarès.

Nota bene : les dessins des blasons sont de M. Pierre Mazars.

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 10:48

Bonjour,

 

Ce blog n'a pas d'autres ambitions que de vous faire partager ma passion pour la généalogie et l'histoire locale à travers la vie de ces hommes méconnus que furent les gentilshommes verriers. Si Arthur de Cazenove, alias Saint-Quirin fut le premier à publier une synthèse sur les verriers du Languedoc, il n'en demeure pas moins que les verriers du Rouergue (aujourd'hui département de l'Aveyron) restent mal connus. Pourtant, les lieux au nom évocateur de verrière sont courants et les vestiges de fours encore nombreux dans les gorges du Viaur et de ces affluents. Vous en saurez plus en lisant mes articles à venir.

 

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