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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:11

 

Voici de façon shématique l'arbre généalogique des FILITIER provençaux devenus des FILIQUIER en Rouergue.

Notons au passage que ce patronyme connut d'autres avatars tels que PHILIQUIER, FILICQUIER, FUELHEQUIER et FILIQUIES. Ces deux dernières formes ne se retrouvent que dans la branche aînée du Carladès rouergat.

 

BRANCHE PRINCIPALE

 

Jacques de FILIQUIER 

(~ 1520-> 1582)

  d'où ci-desous

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre de FILIQUIER 

BRANCHE AÎNÉE

D'AURENQUE

 

Charles de FILIQUIER 

BRANCHE CADETTE

 DU TARN

Marguerite de FILIQUIER

(°~ 1555)

ép. Brenguier MARQUÉS

(~ 1550-~ 1610)

 

Barthélemy de FILIQUIER

PREMIERE BRANCHE

 DU VIAUR

Estienne de FILIQUIER

DEUXIEME BRANCHE DU VIAUR


 

 

 

BRANCHE AÎNÉE

 

C'est dans cette branche et plus particulièrement dans la descendance du fils aîné Jacques que l'on retrouve le plus grand nombre de verriers pour ce secteur du Rouergue. Figurent en caractères bleus les seuls gentislhommes effectivement verriers.

 

 

 

Pierre de FILIQUIER 

sieur de la Veyrière

(~ 1550-> 1613)

fils de Jacques

(~ 1520-> 1582)

ép. ~ 1580 Jeanne LACOMBE

(~ 1557-> 1613)

d'où ci-dessous

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jacques de FILIQUIER 

(~ 1580-1648)

ép. ~ 1615 Anthonia del BOSC

(~ 1595-1651)

  d'où ci-dessous

Pierre de FILIQUIER

sous-branche issue des CALMEL

 

Anthoinette de FILIQUIER

(< 1590-1643)

ép. Jean RECOURCINNES

(† 1656)

 

Jean de FILIQUIER

sieur de Salvanès

sous-branche issue des DESTOURS, FERRIER et GROS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeanne de FILIQUIER

(~ 1620-> 1687)

 

Pierre de FILIQUIER

sieur de la Verrière

(< 1625-1688)

ép. 1652 Françoise de MONTPEYROUX

(~ 1630-< 1686)

  d'où ci-dessous

Guillaume de FILIQUIER

sieur del Théron

(~ 1630-> 1694)

ép. ~ 1655 Marie MAYONOBE

|

Jean de FILIQUIER

(1661-1727)

Barthélemy de FILIQUIER

Marie de FILIQUIER

Françoise de FILIQUIER

 

Catherine de FILIQUIER

ép. 1660 Claude de LA ROQUE

sieur d'Arbousse

 

Jean Jacques de FILIQUIER

sieur de Fonbasse

(1636-1712)

ép. ~ 1665 Claude VERDIER

(~ 1635-1710)

|

6 enfants

 

Françoise de FILIQUIER

(< 1640-< 1699)

ép. ~ 1660 Jean ROUCOUS

(†< 1699)

|

Jean ROUCOUS

(°~ 1660)

Marie ROUCOUS

(†> 1699)

Jean Pierre ROUCOUS

(†> 1699)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Claude de FILIQUIER

sieur de la Fage

(1656-> 1701)

  pas de descendance connue

Marie de FILIQUIER

(~ 1660-< 1688)

ép. 1686 Pierre de FILIQUIER

(°< 1660)

|

Pierre de FILIQUIER

(~ 1687-1766)

Jean de FILIQUIER

(†> 1717)

 

Jean de FILIQUIER

sieur de la Bastide

(°~ 1660)

ép. 1692 Anne de FILIQUIER

(°~ 1665)

 

 

Dans un prochain article, nous évoquerons l'histoire d'Aurenque et de sa verrerie jusqu'à la vente du domaine au XVIIIe siècle.

 

A suivre.

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 14:16

Suite à une information qui m'a été communiquée par monsieur Hubert Gérardin, président de Genverre, plus connu sous le nom de cousin Hub, il semblerait que la famille Filiquier établie dès 1571 à Aurenque, paroisse du Monastère Cabrespine, actuelle commune de Coubisou dans le nord du département de l'Aveyron, soit originaire du Comté venaissin.

 

En effet, un acte du 3 juin 1553 passé dans la ville de Millau en Rouergue mentionne le nom de noble Jacques Filitier veyrier du lieu de Mormeron diocèze de Carpentras (comprenez Mormoiron dans le Vaucluse). Il était créancier d'une somme de 13 livres tournois pour la vente de 13,5 quintals de soude à un confrère, noble Jehan Colom maistre veyrier de la veyrière de la Castéla diocèze de Vabre.

Cette verrerie connue par un acte notarié de 1550 passé devant Me Boisse, notaire de Liaucous, se trouvait dans la paroisse de Saint-Jean-des-Balmes, commune de Saint-André-de-Vézines. Le maître verrier était alors noble Antoine Colom, probable proche parent de Jehan. 

 

Aurenque-copie-1

 

La verrerie d'Aurenque dans la paroisse du Monastère Cabrespines

 

 

Mais revenons à la famille Filiquier. Nous savons qu'en 1571, Jacques est verrier de la verrerie (on disait alors verrière en pays de langue d'oc) d'Aurenque. C'est à cette date qu'il fit une donnation son petit-fils et probable filleuil Jacques, fils de noble Pierre de Filiquier et de demoiselle Jeanne Lacombe, de la verrière d'Aurenque.


Jacques épousa une énigmatique noble Anthonia del Bosc. Mon hypothèse est que cette Antoinette pourrait être une demoiselle de Roquefeuil dont un membre porta au XVIIe siècle le titre de seigneur del Bosc, terre située dans les environs d'Aurenque. Jacques fut inhumé le 8 mai 1648 dans l'église du Monastère Cabrespine. Anthonia eut les mêmes honneurs le 17 avril 1651. 


Cette branche donna plusieurs gentilshommes verriers dont le dernier à avoir exercer cet art fut Jean Claude de Filiquier, décédé à Aurenque au début du XVIIe siècle. Nous reparlerons des Filiquier de la Verrière d'Aurenque dans un prochain article.

 

Des enfants du premier Jacques, fondateur de la "dynastie" du sud-ouest, nous supposons les individus suivants, outre Pierre déjà cité :

- Marguerite, épouse de maître Brenguier Marquès, notaire d'Entraygues-sur-Truyère de 1580 à 1610 ;

- Charles, époux de Marguerite de Bolle, auteur de la branche "tarnaise" ;

- Barthélemy, époux de Cécile Capelle, auteur de la première branche "du Viaur" ;

- Etienne, époux de Marie Mazars, auteur de la deuxième branche "du Viaur".

Nous reviendrons sur ces différentes branches ultérieurement, mais nous pouvons dores et déjà justifier ces hypothèses.


A notre connaissance, le patronyme Filiquier est rare en Rouergue et tous les individus connus semblent issus de cette famille noble établie en Rouergue au XVIe siècle. Les Filiquier, roturiers des environs de Najac sont probablement issus de la branche "tarnaise" dont un descendant vint travailler le verre près de Najac.


Pour Marguerite, l'argument principal est la proximité géographique des lieux.

Quant à Barthélemy et Etienne, ils sont appelés Félétier et déclarés frères dans une reconnaissance féodale de 1612. Dans cette même reconnaissance, Barthélemy est dit natif de la comté d'Avignon. S'ils ne sont pas les fils de Jacques de la verrière d'Aurenque, ils en sont certainement de proches parents, sinon il y aurait trop de coincidences inexplicables.

 

A bientôt pour la suite.

Si vous possédez des informations complémentaires ou contradictoires, n'hésitez pas à me contacter.

 

 


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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 17:28

Dans le cadre de mes recherches historiques sur les verriers, je recherche le livre de Francis de Riols de Fonclare : Les verreries forestières de Moussans 1450-1890 et les principales familles de gentilshommes verriers.

Si vous possédez ce livre et souhaitez le céder, vous pouvez me faire une offre.

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 17:12

Suite :

 

La fabrication des vases, bouteilles & ustenciles de verre, paroît avoir précédé l'usage de l'employer en vitres. Avant qu'on connût cet usage, on se servoit de jalousies & de rideaux dans les pays chauds, comme on le pratique encore dans la Turquie asiatique. A la Chine, les fenêtres ne se ferment qu'avec des étoffes fines enduites de cire luisante.

 

Vitres 1


Les Romains se contentèrent longtems de treillis : à mesure que le luxe augmenta, ils, s'avisèrent d'employer en place de vitres, qu'ils ne connoissoient pas encore, le gypse qu'ils fendoient en feuilles minces. Les personnes opulentes fermoient les ouvertures de leurs sales de bains avec des agathes & des marbres blancs délicatement travaillés. Il paroît que c'est dans les pays froids que l'usage d'employer le verre en vitres s'est d'abord introduit, & cette invention a été bientôt suivie de celles des glaces & des miroirs. C'est vraisemblablement dans les Eglises qu'on a commencé à faire usage des vitres de verre, dont on ne se servit d'abord que pour la commodité, & pour se mettre à l'abri de l'intempérie des saisons ; mais l'art se perfectionnant, on les fit servir à décorer les Eglises par les belles peintures qu'on mettoit dessus. C'est ainsi que l'Abbé Suger fit faire dans le douzièmesiècle les vitres de l'Abbaye Saint Denis en France, qui étoient magnifiquement décorées de peinture. Grégoire de Tours qui vivoit au sixième siècle, parle de l'usage des vitres, dans son livre sur les miracles de S. Julien, & dans son premier livre sur les Martyrs. Le poëte Fortunat qui vivoit sur la fin du même siècle, parle des vitres de l'Eglise de Paris, en faisant la description poétique de cette Eglise. Au commencement du huitième siècle, les Anglois firent venir des vitriers de France pour apprendre à arranger les vitres de leurs Eglises, comme on le voit dans Bède, & dans les Actes des Evêques d'Yorck. L'usage du plomb n'étant pas encore connu pour les vitrages, on posoit dans les premiers tems les petites vitres sur des châssis de bois.

 

Vitres 2


La manière de faire le verre à vitres est très peu différente de la fabrication des autres espèces de verre. Nous remarquerons seulement que le four des verreries à vitres contient ordinairement six creusets, & qu'on y pratique à cet effet six ouvraux ; un qui est fort grand par où l'on soufle les plats de verre, & deux autres plus petits, par où l'on prend avec la felle le verre qu'on veut employer ; les trois autres ouvraux qui font encore plus petits, servent à introduire dans les creusets les matières à fondre. Dans chaque fournée, il n'y a jamais que deux creusets qui contiennent la matière propre à travailler ; les autres creusets font remplis de la matière à faire le verre, qui se fritte pendant qu'on emploie celle des autres creusets ; & on les remplit lorsqu'ils sont vuides avec la matière des autres creusets frittée & presque fondue. Mais on pourroit très bien faire du verre à vitres dans un four à quatre creusets, tel que celui dont nous avons donné la description. Au reste il est nécessaire d'employer pour former du verre à vitres des matières plus pures que celles qu'on peut faire entrer dans la composition du verre destiné à faire des bouteilles à vin, parce que la couleur est indifférente pour l'usage de cette dernière espèce de verre. Nous remarquerons encore, que pour le verre à vitres, on chauffe les fours avec du bois. Cela est nécessaire à cause de la pureté da la flamme qui apporte moins d'altération au verre, que lorsqu'on emploie du charbon de terre.

Lorsque la matière contenue dans les deux creusets, dont nous avons parlé, est suffisamment fondue, le verrier plonge dans un des creusets ou pots une felle d'environ cinq pieds de long, & il la retire chargée du verre qui s'y est attaché. Il la roule pour unir & arranger le verre, sur une table de fer, au bas de laquelle est placé un baquet plein d'eau : on en jette un peu avec la main fur la felle, lorsqu'elle s'échauffe trop. Lorsque le verre qui est attaché à la felle est un peu refroidi, on la replonge dans le creuset pour la charger d'une plus grande quantité de verre, on 1a tourne de même pour unir & lier le verre : on réitère la même manœuvre encore deux fois. Cela fait quatre immersions de la felle dans le creuset, & cela suffit pour la charger assez de verre pour faire un plat. Alors le verrier soufle dans la felle, le verre s'enfle & forme un gros balon qui s'allonge d'environ un pied. En cet état il le roule fur une table de marbre pour lui donner la rondeur & la forme convenable ; ensuite il le soufle une seconde fois, & il forme un balon de 18 à 20 pouces de diamètre. Le verrier présente ce balon au four par l'ouvrau, où il s'applattit un peu ; il le retire du feu & le laisse un peu refroidir ; il le pose sur l'âtre du four ; & à l'aide d'une goutte d'eau qu'il jette fur le bout de la felle, le verre se fendille, & la felle se détache. Un autre verrier plonge dans le creuset une verge de fer pour y puiser un peu de verre ; on retourne sans dessus dessous le balon applatti, & on l'attache par ce côté à la verge de fer, à l'endroit opposé à celui d'où la felle s'est détachée. Alors on porte ce balon applatti (qui figure un plat de verre attaché à la felle par son centre) au grand ouvrau pour y être chauffé. Lorsqu'il l'est suffisamment, le verrier fourre un outil de fer dans l'ouverture qu'a laissée la felle qu'on a détachée ; il tourne cet outil en rond & augmente cette ouverture jusqu'à dix pouces de diamètre, ce qui fait refluer le verre du milieu vers les bords, & forme tout autour du plat cette espèce d'ourlet qu'on y remarque.

 

vitres 3


On présente encore ce plat de verre au grand ouvrau du four pour le chauffer de nouveau, & lorsqu'il l'est suffisamment, le verrier le fait tourner sur son diamètre, & par le mouvement de la force centrifuge, les épaisseurs du verre refluent vers les bords & le plat de verre acquiert toute sa perfection. Cette manœuvre se fait en tenant toujours le plat du verre à l'ouvrau.

Lorsque le plat de verre est parfait, on le tire de l'ouvrau, toujours en le tournant circulairement sur son diamètre, & on le pose sur une table de terre cuite, garnie de braise ardente, sur laquelle on le laisse un peu refroidir & prendre consistance, après l'avoir détaché de la verge de fer, ce qui se fait par deux mouvemens de poignet : c'est l'endroit par où cette verge tenoit au plat de verre, qu'on nomme l’œil de bœuf ou la boudine du verre. Lorsque le plat est à demi refroidi, on le prend avec une fourche à deux longs fourchons, & on le place verticalement dans un four à recuire, où il reste vingt-quatre heures. Alors on le tire & on le serre clans des espèces de paniers partagés par des tringles de bois où il reste en magasin, jusqu'à ce qu'il y en ait suffisamment pour en former des paniers complets.

On ne peut employer & vuider par jour que les deux creusets, dont nous avons parlé ; ce qui forme ordinairement quatre paniers, à raison de 24 plats par chaque panier, & le plat de trente-huit pouces de diamètre, comme nous le disons au mot Vitrier, où nous traitons aussi de l'art de peindre sur le verre.

 

vitres 4


Le verre en plats pour la consommation de Paris, vient de la forêt de Lions en Normandie, où il y a quatre verreries établies : savoir, à Eroutieux, à la Haye, la verrerie neuve & l'Holandèle. On fait dans beaucoup d'autres endroits du verre à vitres, mais qui se débite dans les Provinces.

On fait de deux espèces de verres à vitres, un qui a une légère couleur, & un autre qui est parfaitement blanc ; ils se vendent l'un & l'autre à la somme ou au panier. Le verre blanc s'emploie dans les beaux appartemens, & pour mettre sur des tableaux, sur les pastels & sur les estampes ; celui qui a de la couleur est employé dans les bâtimens pour les croisées.

 


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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 09:17

Suite :

 

Avant de passer à d'autres objets de verreries, nous allons ajouter ici un mot sur la théorie du verre & sur les qualités qu'il doit avoir pour être bon.

 

La composition de quelque espèce de verre & de crystal que ce soit, a toujours pour base de la terre vitrifiable & du sel alkali fixe ; quoique, cependant il soit possible de faire du verre sans sels, en employant des terres qui ont la propriété de se fondre & de se vitrifier l'une par l'autre. Mais ce n'est pas de ces espèces de verres que nous entendons parler ; d'ailleurs on ne les fait dans aucunes verreries avec ces terres seulement, on y emploie toujours des sels. Ainsi c'est de l'action de ces sels fur les matières vitrifiables que nous entendons parler ici, & nous expliquerons ce qu'ils deviennent quand ils les ont réduites en verre.

Pendant la fusion des matières du verre, le sel alkali dissout avec effervescence la terre vitrifiable & la terre calcaire (si l'on en a fait entrer), il se combine avec ces terres & les vitrifie complettement ; mais pendant que cela se fait, la violence du feu volatilise une grande partie de l'alkali fixe, c'est ce qui est cause que pendant que les matières sont au frittage, & dans les premiers instans de la fusion de ces mêmes matières dans les creusets, on en voit élever une grande quantité de vapeurs salines. Si l'on employoit le verre immédiatement après sa fusion, il seroit tendre, salin & de mauvaise qualité. Les verriers le laissent chauffer encore pendant un certain tems, afin qu'il puisse s'affiner ; dans cet intervalle, la matière exhale encore des vapeurs salines, mais en bien moindre quantité que dans les commencemens. Un bon verrier juge de l'état du verre en fusion dans les creusets, par la quantité de vapeurs qui s'en élèvent. Enfin lorsqu'il est entièrement affiné, il ne laisse plus du tout exhaler de vapeurs : c'est dans cet état qu'on le travaille ; il ne peut plus rien laisser exhaler à moins qu'on n'augmentât prodigieusement l'activité du feu. Dans ce cas le verre en seroit encore meilleur, il seroit plus dur & plus pesant, parce qu'on feroit dissiper une plus grande quantité de l'alkali fixe, mais cela n'est pas nécessaire pour les usages ordinaires.

 

verre de Grésigne

 

Verre dit de Gésigne


En général le verre dans lequel il reste le moins d'alkali, est toujours de meilleure qualité ; mais il n'est pas possible de faire dissiper ce sel entièrement, il en reste toujours une certaine quantité qui fait partie du verre. On voit quelquefois des verres tendres se gerser & se fendiller en une infinité d'endroits, pour avoir été longtems à l'air, ou pour avoir contenu toujours de l'eau. Les ouvriers appellent cela du verre qui jette son sel ; c'est effectivement une sorte d'efflorescence saline causée par la trop grande quantité d'alkali qui est resté dans le verre. Si l'on pouvoit se procurer un degré de feu capable de fondre & vitrifier les cailloux, les sables & les autres pierres vitrifiables, fans addition de sel, on feroit du verre de la plus parfaite qualité, & qui seroit semblable en bonté & en beauté aux plus belles pierres fines. Mais outre que cela est impossible, il ne seroit pas plus facile de trouver des creusets qui pussent résister à un pareil feu. Voilà les deux points que doivent surmonter ceux qui cherchent à faire des pierres précieuses artificielles, semblables aux naturelles.

Non seulement il est nécessaire de mêler du sel alkali avec les matières propres à former le verre, mais il faut encore en employer plus qu'il n'en reste dans le verre. Si l'on ne mettoit que les justes proportions dans lesquelles il se trouve, lorsque le verre est fait, on feroit à la vérité un meilleur verre, mais qui seroit bien difficile à entrer en fusion, & pour lequel il faudroit un coup de feu de la dernière violence.

 

à suivre...

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 20:57

Suite :

 

Les creusets ou pots dans lesquels on fait le verre, doivent être d'une excellente qualité, puisqu'ils sont destinés à supporter pendant longtems une violente action du feu, & les efforts continuels du verre même qu'on doit considérer comme une matière fondante qui agit fur leur substance, & qui tend à les vitrifier eux-mêmes. Il faut encore qu'ils soient assez solides pour résister à plusieurs fournées successives ; car il seroit très embarrassant & très dispendieux de les changer à chaque fournée. Ordinairement on ne les remplace, que lorsqu'ils sont hors d'état de pouvoir servir davantage. Il se trouve quelquefois de ces creusets qui servent six mois de fuite jour & nuit fans interruption ; car dans ces sortes de manufactures, le travail n'est jamais interrompu que les quatre grandes fêtes de l'année, encore a-t-on soin d'entretenir le feu dans les fours pendant le tems qu'on n'y travaille pas.

Chaque verrier fait un secret de la composition des creusets qu'il emploie ; cependant cela se réduit à savoir faire choix d'une argille très pure, & qui soit infusible au plus grand feu qu'on puisse faire. A la verrerie de Sèvres on fait les creusets avec une excellente argille grise, qui vient de Gisors, dans une des terres qui appartenoient à M. le Maréchal de Belille. M. Baumé a reconnu par les expériences qu'il a faites sur cette terre, qu'elle tient une très petite quantité d'or.

 

Verrerie du Céor détail du creuset

 

Détails d'un fond partiel de creuset "soudé" à la sole du four (Vallée du Céor, Aveyron)


Lorsqu'on veut faire les creusets, on choisit donc une bonne argille qui ne soit point sableuse, ou qui le soit très peu : si elle l'est trop, on la lave pour séparer le sable, parce qu'il rendroit ces creusets trop sujets à se fondre. Dans quelques verreries où l'on emploie à la fabrication des creusets une argille qui n'est presque point sableuse, on ne la lave point ; mais alors il est nécessaire de l'éplucher pour en séparer soigneusement les pyrites qui se rencontre ordinairement dans les argilles, & qui par la violence du feu viendroient à fondre, & perceroient les creusets dans tous les endroits où il s'en trouveroit. On fait cuire une certaine quantité de cette terre lavée ou épluchée, comme nous venons de le dire, pour lui faire perdre sont liant ; on la réduit ensuite en poudre fine, & on la mêle à peu près par portion égale avec de la même terre non cuite & réduite en poudre assez fine. On mêle bien ces terres & on les humecte avec une suffisante quantité d'eau ; on pétrit ce mélange avec les pieds nuds, jusqu'à ce que la terre soit bien mélangée &s bien délayée uniformément. On forme ensuite avec ce mélange des pots ou creusets de figure cylindrique, qui ont environ deux pieds & demi de diamètre & environ trois pieds de hauteur.On donne à ces creusets une épaisseur d'environ trois pouces & bien égale partout. Lorsque le creuset est formé, on le laisse sécher au point de ne pouvoir y faire, qu'avec peine, une marque en appuyant dessus le bout du doigt. Alors on le bat avec des palettes de bois, en frappant tout autour à petits coups, ce qui tasse la matière & donne beaucoup de corps au creuset. On le polit ensuite, en le frottant avec les mêmes palettes de bois qu'on trempe de tems en tems dans de l'eau. Lorsqu'il est fini, on le porte dans un magasin où on le laisse sécher quelquefois pendant six mois. On ne fait cuire les creusets qu'à mesure qu'on en a besoin, parce qu'on les place dans le four aussitôt qu'ils sont cuits, & tandis qu'ils sont encore rouges. On a attention de construire le fourneau où on les cuit près de la porte du four par laquelle ils doivent entrer ; par ce moyen ils ne causent aucun retard dans le travail, & on n'est pas dans le cas de les échauffer par degrés, comme on seroit obligé de faire, si on les y plaçoit lorsqu'ils font froids.

La cuite de ces creusets consiste à les faire rougir à blanc avant de s'en servir ; mais pour cela on conduit le feu par degrés presque insensibles pendant les deux ou trois jours qu'ils sont ordinairement à cuire.

 

à suivre...

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 14:28

Suite :

 

Lorsque le verre est en état d'être employé pour faire des bouteilles, un ouvrier plonge dans le creuset une felle (c'est une espèce de canon de fusil, ou un tube de fer d'environ cinq pieds de long) ; il en tire une petite masse de verre ; il lui fait prendre l'air pour la refroidir un peu : & lorsqu'elle l’est suffisamment, il la replonge dans le creuset, il s'attache une nouvelle quantité de verre au bout de la felle ; & s'il juge qu'il n'y en a pas assez pour faire une bouteille, il réitère encore une fois à plonger la felle dans le creuset : alors il la tourne sur une plaque de fer élevée à hauteur d'appui, inclinée devant l’ouvrier comme un pupitre, afin d'égaliser la matière autour de la selle. Au bas de cette plaque de fer se trouve placé un baquet plein d'eau froide destinée à rafraichir la felle : à mesure qu'elle s'échauffe trop, le verrier en jette dessus, en la puisant avec la main. Lorsque le verre est bien arrangé, & que la felle est en état d'être maniée, un autre ouvrier la prend pour achever la bouteille ; il donne à la felle un léger mouvement de rotation en forme de coup d'encensoir, afin d'allonger un peu la masse de verre, il la plonge aussitôt dans un moule de fer où il la tourne en soufflant en même tems dans la felle. La bouteille prend la figure de ce moule, & le cul se trouve formé comme un œuf. Il retourne alors la felle sans dessus dessous, il pose à terre le bout par où il a soufflé, & avec un instrument de fer il appuie légèrement sur le cul de la bouteille pour le faire rentrer dans l'intérieur. Il fait en même tems tourner la selle entre ses mains, afin que le fond du cul de la bouteille se faste uniformément. Il pose ensuite la bouteille horisontalement sur une tablette de pierre, un peu au-dessus de niveau de laquelle on a attaché dans la muraille un outil tranchant. Il place le col de la bouteille sur le côté coupant de cet outil; il fait tourner un peu la bouteille, & elle est coupée par ce mouvement. Il présente ensuite le bout de la selle un instant à l'ouvrau, pour ramollir le verre qui y est resté attaché : il soude cet outil au cul de la bouteille, & il la présente dans cette situation à l'ouvrau, pour ramollir l'extrémité du col. De l'autre main il plonge dans le creuset une verge de fer pour prendre un peu de verre en fusion ; il pose le bout de cette verge fur le col de la bouteille, & il fait le collet ou l'anneau en tournant la bouteille circulairement; il la laisse un instant afin de bien souder cet anneau au col de la bouteille. Alors il se retire de l'ouvrau, il pose la bouteille sans la détacher, sur la tablette de pierre dons nous venons de parler, il fourre dans l'ouverture de la bouteille le côté d'un instrument fait comme une paire de pincette à la figure d'un poinçon, l'autre a quelques lignes de largeur & est concave par le côté qui doit serrer le col de la bouteille. Il fait faire un ou deux tours circulaires à la bouteille, en tenant son outil très fixe dans les mains. Le côté en forme de poinçon arrondit l'intérieur du col, tandis que l'autre côté de la pince, qui pose sur l'extérieur du col de cette bouteille arrondit l'anneau & rabat les inégalités ou les filets de verre qui peuvent s'y trouver. La bouteille étant finie, cet ouvrier la remet entre les mains d'un autre qui la porte, toujours attachée par le cul à la felle, pour la déposer dans un four à recuire. Il la place comme elle doit être, & ensuite il la détache en donnant un petit coup de main furie bout de la selle. On continue ainsi de suite jusqu'à ce que les creusets soient entièrement vuides.

 

Bouteille 1


Le four dans lequel on fait recuire les bouteilles, est d'une grandeur convenable pour contenir toutes les bouteilles qu'on fait à chaque fournée. On le chauffe d'abord assez pour entretenir rouges pendant quatre ou cinq heures les bouteilles qu'on y dépose ; après quoi on diminue le feu peu à peu, de manière qu'elles font trente-six à quarante heures à refroidir entièrement. Ce four est quarré & n'a point de grille ; c'est une aire de briques qui en tient lieu. Les matières combustibles se placent dans un foyer qu'on pratique sous l'aire où l'on dépose les bouteilles ; la flamme passe par plusieurs ouvertures qu'on a pratiquées pour qu'elle puisse parcourir toutes les bouteilles.


 

Bouteille 2

 


La recuite des pièces de verre, après qu'elles sont finies, est de la dernière importance. Sans cette opération, il seroit absolument impossible de faire usage d'aucuns vases de verre, ils se casseroient tous au moindre ébranlement, & même sans y toucher ; toutes les pièces se détruiroient dans les magasins. L'effet de la recuite du verre, est de le faire réfroidir par degrés, le plus lentement qu'il est possible, & c'est de cette opération bien conduite, que dépend toute la solidité des pièces. La recuite doit produire dans le verre une retraite uniforme de toutes ses parties, & on ne peut y réussir que par un refroidissement lent. Lorsque le verre refroidit promptement, les deux surfaces intérieures & extérieures des pièces, prennent d'abord toute leur solidité & de la retraite par conséquent ; mais le milieu de son épaisseur est encore rouge & mou, il se trouve dans un état de compression, il forme un ressort qui reste dans cet état de tension, & qui est toujours prêt à rompre l'obstacle qui le gêne. C'est ce qui arrive en effet à tous les vases de verre un peu épais, & qui ont été mal recuits ; les seules, variations de la chaleur & du froid de l'air sont suffisantes pour exciter par la dilatation &la retraite un mouvement entre les parties du verre, & le faire casser. Si l'on examine même les fragmens d'un vase de verre, qui s'est cassé de lui-même, on remarque que les bords de la cassure sont arrondis, & que les pièces ne peuvent jamais se rapporter dans leur épaisseur : il s'en trouve toujours une sensiblement plus épaisse que l'autre.

 

Bouteille 3

 


On peut rapporter cet effet des pièces de verre qui se cassent d'elles-mêmes pour avoir été mal recuites, à ce qui arrive aux larmes bataviques. Lorsqu'on en casse le petit bout, elles se réduisent en poussière avec violence dans la main de celui qui les casse, mais sans lui faire de mal, parce que les morceaux de verre ne sont point anguleux. Les larmes bataviques sont, comme on sait, des gouttes de verre, que les verriers laissent tomber dans de l'eau froide. Ils s'amusent quelquefois à recevoir ces larmes fur la main plongée dans l'eau, & ne font pas brûlés pour cela. L'extérieur de ces larmes est refroidi sur le champ, tandis qu'on voit l'intérieur encore rouge pendant une minute entière. Lorsqu'on vient à casser la pointe de ces larmes, on occasionne entre toutes les parties du verre un ébranlement, qui excite les parties comprimées à se débander comme un ressort. Pour prouver que cela arrive comme nous le disons, il n'y a qu'à faire attention, que si l'on fait rougir & refroidir lentement une de ces larmes de verre, elle ne produit plus cet effet ; tandis qu'au contraire si l'on fait rougir de nouveau la même larme de verre, & qu'on la fasse refroidir dans de l'eau, elle reprend la propriété de s'éclater en menues parties comme auparavant, lorsqu'on vient à en casser le bout.

Les verriers s'amusent encore à faire de petits gobelets, dont le cul est fort épais, & qu'ils font refroidir dans l'eau comme les larmes bataviques. Lorsqu'on laisse tomber perpendiculairement dans le fond de ces petits vases un très petits fragment de verre ou de cailloux anguleux, ils se réduisent sur le champ en poussière comme les larmes bataviques avec un bruit assez considérable. Toutes ces expériences prouvent la nécessité de faire parfaitement recuire les vases de verre.

Dans plusieurs verreries, on ajoute à la composition du verre destiné à faire des bouteilles à vin une certaine quantité de bleu d'azur (Voyez ce mot à l'article mine de Cobalt, dans le manuel de Chimie par M. Baumé) pour donner au verre un petit ton bleuâtre qui le rend plus agréable à la vue, que s'il étoit noir ou jaunâtre. Dans d'autres verreries, on ajoute un peu de chaux de cuivre pour donner au verre un petit œil verdâtre. Quand on veut faire du verre blanc couleur d'eau, on met dans le mélange une certaine quantité de manganèse. Cette matière, suivant quelques Chymistes, contient une petite quantité d'or, suivant d'autres, elle ne contient que de l'étain ou du fer. Quoiqu'il en soit, il est certain que la manganèse contiens une substance métallique qui fournit dans certaines opérations un très beau pourpre, & que néanmoins elle a la propriété de faire disparoître pendant la fusion les couleurs étrangères que le verre auroit retenues sans cette addition. Ce verre blanc couleur d'eau, sert principalement à faire les glaces de miroirs. Voyez Glacière.

A Sèvres près de Paris où il se fabrique une des meilleures qualités de verre pour des bouteilles à vin, le verre est un peu brun ; cette couleur lui vient du fer & du phlogistique contenus dans la soude qu’on emploie ; le phlogistique ne se brûle pas complettement, quoique dans cette verrerie on ait attention de fritter longtems la matière avant de la mettre en fusion.

 

à suivre...

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 14:05

Suite :

 

Les terres calcaires qu'on fait entrer dans la composition de certains verres, sont la craie, le moelon réduit en poudre, la chaux vive & éteinte à l'air, &c. Dans plusieurs verreries, on se sert de ces substances pour ménager les sels alkalis, parce qu'elles ont la propriété de faciliter la fusion des sables, (Voyez les raisons de cet effet dans le Manuel de Chymie de M. Beaumé). Mais il est bon de ne faire entrer de cette espèce de terre qu'en très petite quantité dans la composition de ce verre ; car quoiqu'elle y soit vitrifiée, elle n'est pas pour cela entièrement changée de nature ; il y en a toujours une grande partie qui conserve encore fon caractère calcaire. M. Baumé remarqua que les verres dans lesquels on en fait entrer une trop grande quantité sont attaquables par les acides, & sont détruits en fort peu de tems. Ces espèces de verre ne sont pas non plus d'une grande solidité, ils font très susceptibles de se casser au moindre contraste du froid & du chaud. Le verre commun de Lorraine avec lequel on fait les bouteilles à vin, est dans le cas dont nous parlons.


Il résulte de tout ce que nous venons de dire sur les matières dont on peut se servir pour faire le verre, qu'il faut les choisir suivant l'espèce ou la beauté du verre qu'on veut fabriquer. Lorsqu'on se propose de faire un beau verre blanc, il faut faire choix de sel alkali privé de cendres, parce qu'elles contiennent toujours un peu de matières phlogistiques charbonneuses. Le sable qu'on veut faire entrer dans cette espèce de verre doit être blanc ; il est bon de s'assurer par des expériences, s'il ne contient point de matières colorantes susceptibles de se développer au grand feu, comme cela arrive quelquefois. Ce sont là les matériaux du verre blanc. On forme du cristal avec ce même mélange en y ajoutant une certaine quantité d'une des chaux de plomb, dont nous avons parlé.

 

Le verre commun se fait avec de la soude non lessivée, du sable & de la charrée. A l'égard des proportions, elles varient dans les verreries ; c'est pour cette raison que nous n'en disons rien. Les fragmens de verre cassé se mettent à la refonte avec les matières dont nous venons de parler, fans rien déranger aux proportions, parce qu'on a soin de n'y mettre que des fragmens de même espèce que le verre qu'on veut se procurer. Nous allons donner pour exemple de la fabrication du verre, celui avec lequel on fait des bouteilles à vin.

 

Avant que de placer dans les creusets les matières qui doivent former le verre, on les fait calciner pendant vingt-quatre heures, dans les deux petits fours supérieurs dont nous avons parlé en donnant la description du four. Cette opération se nomme fritter, & la matière qui a été ainsi calcinée se nomme fritte. On fait cette opération pour plusieurs raisons : 1° afin de priver de toute humidité les matières à fondre : 2° afin de leur procurer un commencement d'union, & de les avoir toutes rouges & embrasées, lorsqu'il est nécessaire de remplir les creusets ; par ce moyen elles entrent promptement en fusion : cela retarde moins le travail d'une fournée à une autre, que si l'on mettoit ces mêmes matières toutes froides dans les creusets, & d'ailleurs elles feroient casser les creusets immanquablement.

 

 

Fritte

 

Cuisson de la fritte

 

 

3° Enfin, on fait fritter les matières dans le dessein de faire brûler toutes les substances phlogistiques qui peuvent être contenues dans les ingrédiens qui doivent former le verre, & cette raison est une des plus essentielles ; c'est même par rapport à cela qu'on retourne dans ces petits fours la matière toutes les deux heures, afin de lui faire présenter de nouvelles surfaces à l'action du feu, & de faire brûler le plus exactement qu'il est possible les matières phlogistiques avant de la faire entrer en fusion. Si elle y entroit avant cette calcination, la matière phlogistique resteroit dans le verre, & lui donneroit une couleur noire qui lui ôteroit sa transparence en totalité ou en grande partie. Lorsque cette substance phlogistique est une fois combinée avec le verre, il n'est, pour ainsi dire plus possible de la détruire ; le verre la défend tellement de l'action du feu, qu'il faut l'augmenter jusqu'à la dernière violence, & le continuer très longtems pour n'en détruire même qu'une partie, car il en reste toujours beaucoup. Lorsque cet accident arrive au verre pour avoir mal fritté la matière, on ajoute dans quelques verreries une certaine quantité de salpêtre, qui fuse & détonne avec le principe phlogistique, le brûle & le détruit ; c'est un moyen qu'on emploie pour clarifier le verre.

 

Dans presque toutes les verreries d'Alsace, de Bohême, & de l'Allemagne, où l'on fait de très beau verre blanc, mais tendre & léger, & qui n'a pas à beaucoup près la solidité des verres de nos verreries de France, on ajoute dans le mélange du verre des matières nommées potasses, qu'on forme dans les salines de Lorraine & de Franche-Comté. Ces matières, comme M. Baumé l'a reconnu par l'expérience, contiennent beaucoup de sel marin & de sel fébrifuge de Silvius. Lorsque ces sels font chauffés violemment, comme cela est nécessaire pour la fusion des autres ingrédiens, ils laissent dégager une prodigieuse quantité d'air qui reste interposé entre les parties du verre fondu, qui le tient pendant un certain tems dans un état de raréfaction, & qui facilite la combustion des matières phlogistiques. Aussi ces espèces de verres sont frittés beaucoup moins de tems, que ceux dans la composition desquels on n'a point fait entrer de ces sels. On est obligé aussi de leur faire subir un plus grand coup de feu, afin de donner aux parties du verre fondu la liberté de se rassembler, & par là faire disparoître les bulles ; car c'est un défaut au verre d'en contenir une trop grande quantité. On fait entrer aussi dans la composition de ces espèces de verre blanc beaucoup de terre calcaire, ou de matériaux salins qui en contiennent, comme sont les matières qu'on nomme potasses dans les salines ; c'est encore une des causes pour lesquelles la plupart des verres de ces verreries sont plus tendres que ceux de France, dans lesquels on ne fait point entrer de terre calcaire.

 


Lorsque les ingrédiens du verre ont été suffisamment frittés, on les enlève des deux petits fours avec de grandes pelles de fer : on les introduit dans les creusets par les ouvraux, & on remet dans les mêmes petits fours de nouvelles matières à fritter. Alors on fait un grand feu dans le four, & on le continue pendant douze ou quinze heures, ou jusqu'à ce que le verre soit bien formé & bien fondu. En cet état on écume la matière avec des cuillers de fer, pour enlever les sels qui ne se font pas vitrifiés, & qui nagent à la surface ; c'est ce que l'on nomme sel de verre & fiel de verre. Ce sel se distribue dans le commerce, il sert dans plusieurs arts pour la fusion des métaux. Les verres dans la composition desquels on fait entrer du sel marin ou des matières qui en contiennent beaucoup, comme sent, par exemple, toutes les soudes de Normandie, ont besoin d'être écumés ; car le sel marin ne se vitrifie pas, il n'entre point dans la composition du verre, il sert seulement à la clarifier, comme nous venons de le dire. Dans la plupart des verreries on a attention d'employer des soudes qui ne contiennent pas une trop grande quantité de sel marin, afin de n'avoir pas la peine d'écumer le verre après qu'il est fait. Cette opération est extrêmement pénible, à cause de la grande chaleur qu'est obligé de supporter celui qui la fait. Dans quelques verreries, on a soin même de n'employer que de la soude d'Alicante, qui ne contient que peu & le plus souvent point du tout de sel marin ; cette espèce de soude, à poids égaux, est plus fondante & plus vitrifiante que les soudes communes, parce qu'elles contiennent davantage de sel alkali fixe minéral. Lorsqu'il n'y a que la juste proportion de sel marin dans le mélange du verre, ce sel s'évapore entièrement pendant la fusion, mais après avoir clarifié le verre, comme il a la propriété de le faire.

 

à suivre...

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 18:55

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Le fourneau dont nous venons de donner la description peut servir indifféremment à faire du verre blanc ou à faire du verre commun. Examinons présentement les matières qu'on fait entrer dans la composition du verre, le choix qu'on en doit faire suivant l'espèce de verre qu'on se propose de faire, & les effets que ces matières produisent les unes fur les autres en se convertissant eu verre.

Les matières qui entrent dans la composition du verre, font de deux espèces principales ; les unes sont salines & fusibles par conséquent, & les autres sont terreuses ; elles ne peuvent se fondre ni se réduire en verre, tant qu'elles sont seules exposées au plus grand feu que nous puissions faire. Ces matières traitées séparemment ne pourroient point faire du verre ; mais c'est de leur union & de leur juste proportion, à l'aide d'un feu convenable, que résulte le bon verre.

Les matières salines qu'on fait entrer dans le verre, font les sels alkalis fixes purifiés, comme le sel de tartre, le sel de potasse, la cendre gravelée, le sel de soude, le sel qu'on tire des cendres du bois neuf, quelquefois le borax ; mais la cherté de cette dernière substance est cause qu'on ne l'emploie guère que dans les Opérations en petit, où l'on veut se procurer un magnifique verre blanc. Le plus ordinairement on emploie tous ces sels sans les avoir purifiés, parce que la terre végétale qu'ils contiennent, se vitrifie & fait partie du verre, sans rien diminuer des bonnes qualités qu'il doit avoir, si ce n'est que ces matières terreuses végétales communiquent au verre des couleurs qui font depuis le verd de mer, jusqu'au noir, à cause des matières phlogistiques dont elles font imprégnées.

 

Verrerie du Céor détail du creuset

 

 

Fond de creuset "soudé" à la sole du four (Aveyron)


Outre les matières salines propres à faciliter la fusion & la formation du verre, on fait entrer encore dans la composition du beau verra blanc que l'on nomme cristal, une certaine quantité de chaux de plomb, telles que le minium, la litharge, le blanc de céruse & le massicot. Ces différentes chaux de plomb font très fusibles, de facile vitrification, & elles ont la propriété singulière d’accélérer considérablement la fusion & la vitrification des matières terreuses qu'on veut faire entrer dans le verre. Ces mêmes chaux de plomb donnent du corps, de la solidité & de la douceur au verre en le rendant moins aigre & moins susceptible de se casser ; c'est par cette raison que le cristal dans lequel on est dans l'usage d'en faire entrer une assez bonne quantité, est moins cassant que le verre blanc.

Les matières terreuses qu'on emploie dans la composition du verre, sont de deux espèces : savoir, les terres vitrifiables & les terres calcaires. Toutes les pierres & terres vitrifiables sont propres à cet usage, comme les quarts, les spaths fusibles & vitrifiables, les cailloux, le cristal de roche, les sables, &c. mais ordinairement on ne se sert que des sables, parce que la nature nous les fournit dans un état de division qui est plus commode pour l'usage ; au lieu que si l'on vouloit employer les pierres vitrifiables, il faudroit préliminairement se donner la peine de les réduire en poudre, ce qui augmenteroit considérablement la main d'œuvre.

Plusieurs verriers font aussi entrer dans la composition du verre une certaine quantité d'argille, de cendres lessivées, provenant de lessives de blanchisseuses, & qu'ils nomment charrées, & des cendres de fougères ; quelques-uns employent seulement une de ces matières, d'autres les emploient toutes ensemble, mais toujours concurremment avec quelques-unes des matières salines alkalines, dont nous avons parlé.

Les verriers ont en général beaucoup de confiance dans le mélange qu'ils ont adopté, & conservent secrette leur recette le plus qu'ils peuvent. Ce que l'on peut dire de plus précis fur cette matière, c'est que toutes les substances terreuses que nous venons de nommer, sont également bonnes à faire du verre ; elles ne méritent de choix, que par rapport à l'espèce de verre qu'on se propose de faire, & à la facilité de se les procurer. Nous remarquerons seulement que les sables colorés par des matières métalliques, sont plus fusibles que les beaux sables blancs, parce que les matières métalliques contenues dans ces sables, y sont dans l'état de chaux. Dans cet état elles facilitent considérablement la fusion & la vitrification des matières terreuses vitrifiables ; & c'est à cause de cette propriété, que dans certaines verreries, on emploie de cette espèce de sable par préférence à du sable blanc, surtout lorsqu'on n'a pas dessein de faire du verre blanc.

 

à suivre...

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 18:51

Il m'a semblé intéressant de vous faire partager la description d'une verrerie dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Cette description est tirée du Dictionnaire portatif des arts et métiers, volume 3, de Philippe Macquer. Pour le côté historique, j'ai gardé l'orthographe de l'époque.

 

L'attelier d'une verrerie est en général composé d'un ou plusieurs hangars fort élevés, couverts en tuiles, sous lesquels sont construits des fourneaux & des magazins pour conserver sèchement les matières salines qui doivent entrer dans la composition du verre.

Les fourneaux de verrerie différent peu les uns des autres ; les uns font quarrés, les autres sont ronds, les autres sont ovales, mais ces différences sont le plus souvent relatives aux usages qu'on a adoptés dans le pays, au nombre des creusets qu'on veut chauffer à la fois, & à la matière combustible qu'on veut employer pour fondre le verre. On peut indifféremment se servir du bois, de la tourbe, ou du charbon de terre ; mais le bois mérite la préférence, lorsqu'on veut faire du verre blanc ou du cristal.

Le four dont nous allons donner la description est d'un service très général ; il est employé pour fondre le verre avec lequel on fait des bouteilles à vin.

L'intérieur de ce four représente un berceau de cave quarré par le bas, & vouté en ceintre par le haut ; il a environ huit pieds de hauteur, neuf à dix pieds de largeur, & environ sept & demi de profondeur. Les murs & la voute de ce fourneau doivent être construits de briques, qui fournissent plus de chaleur que tous les autres matériaux qu'on pourroit employer, & ils doivent être revêtus à l'extérieur par une bonne maçonnerie de pierre de taille, liée par de forts tirans de fer. La voute de ce fourneau est percée de quatre ouvertures qui font distribuées à égales distances les unes des autres, & qui forment autant de cheminées qui s'élèvent d’environ un pied & demi au-dessus de la maçonnerie.

 

 

Verrerie en bois

Extrait de l'Encyclopédie


Le sol de ce caveau est dans sa longueur percé d'une ouverture d'environ un pied de large, & communique à une très grande cave qu'on a pratiquée fous le four, & qui sert de cendrier. Cette cave est voutée en pierre de taille, & elle est beaucoup plus grande que le four, dans lequel il y a accès par un escallier qu'on y a pratiqué. L'ouverture dont nous parlons est faite dans le milieu du fol du four, & elle le partage pour ainsi dire, en deux parties ; elle est garnie de gros barreaux de fer qui fervent de grille pour soutenir les matières combustibles. Aux deux côtés de cette ouverture, on élève du fol dans l'intérieur du four un massif en forme de banc, d'environ un pied & demi de hauteur, & qui est prolongé tout le long des deux parties latérales du four. Ces deux massifs ont chacun environ trois pieds de largeur, & ne laissent par conséquent entre eux, qu'un intervalle d'un pied ou d'un pied & demi, pour contenir les matieres combustibles ; c'est fur ces deux espèces de bancs qu'on place quatre creusets, c'est-à-dire, deux de chaque côté.

Aux deux extrémités de l'ouverture dont nous venons de parler, sur laquelle on établit la grille du four, on a pratiqué une porte ceintrée, de deux pieds & demi de large, sur quatre ou cinq pieds de hauteur. C'est par ces ouvertures qu'on fait entrer les quatre creusets ou pots, pour les placer sur les deux bancs massifs dont nous avons parlé.

Les creusets étant placés, ils se trouvent chacun environ à six pouces au-dessous d'une fenêtre par laquelle on introduit dans les creusets la matière à fondre pour former le verre, & par où on retire le verre, lorsqu'il est en état, comme nous le dirons plus bas ; ces quatre fenêtres se nomment les ouvraux. Ils sont séparés par une maçonnerie en forme de mur, pour empêcher que l'ouvrier qui travaille à un ouvrau, ne soit trop exposé à la chaleur de l'ouvrau qui est à côté.

Lorsque les pots font arrangés dans le fourneau, on bouche avec de la brique les deux ouvertures par où on les a entrés, en laissant, seulement à chacune une fenêtre d'environ un pied & demi en quarré, & élevée de trois pieds au-dessus du sol ; ces fenêtres sont perpendiculaires à la grille du four, & on les réserve pour introduire les matières combustibles.

Au-dessus du four on a pratiqué deux autres petits fours placés l'un à côté de l'autre, & séparés par une cloison de briques. Dans les coins de ces petits fours, viennent aboutir les quatre cheminées, dont nous avons parlé, c'est-à-dire, deux dans chacun ; la flamme des matières combustibles placées dans le four où sont les creusets, sort par ces cheminées, & vient achever de s'user dans les deux petits fours supérieurs. C'est dans ces deux petits fours que l'on place les matières destinées à la fabrication du verre, pour y recevoir la préparation que l'on nomme fritte ; & la chaleur que produit la flamme qui s'échappe du grand four est suffisante pour faire rougir fortement les matières, & même les faire presque entrer en fusion.

 

à suivre ...

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